Malgré un nombre de jours d’ouverture plutôt bon, la fermeture des domaines skiables entre Noël et Nouvel An pèsera sur le chiffre d’affaires des remontées mécaniques et du ski de fond. À l’inverse, la patinoire de L’Auberson a connu une excellente saison. Tour d’horizon avec les acteurs locaux.
On se souvient que l’espoir de démarrer la saison de ski le dernier week-end de novembre avait été douché par la pluie. La saison hivernale 2025-2026 est marquée par ce mauvais alignement des planètes. « De la neige, mais avec des conditions météorologiques plutôt médiocres, puis du soleil, mais sans neige », résume Vincent Demiéville, responsable de l’Office du tourisme Sainte-Croix/Les Rasses.
De la neige, mais pas au bon moment
Pourtant, la station Sainte-Croix/Les Rasses aura quand même pu ouvrir 34 jours, du 10 janvier au 1er mars, soit seulement un jour de moins que l’année dernière. Durant 16 jours, tout le domaine a même été praticable grâce à un enneigement suffisant aux Avattes. Mais, à l’inverse de la saison 2024-2025, où les pistes avaient pu ouvrir durant les vacances de Noël, l’exploit n’a pas été réitéré cette année, sur une période pourtant déterminante. « C’est là que la station tourne véritablement », rappelle Alain Pointet, directeur de la Société des remontées mécaniques du Balcon du Jura vaudois (SCRMBJV).
Les recettes liées au Magic Pass ne seront connues qu’en été. Mais pour les ventes au guichet, le chiffre d’affaires atteint 216’680 CHF, contre 315’000 l’an dernier.
Malgré cela, la fréquentation est jugée satisfaisante durant les jours d’ouverture, notamment durant les relâches. Le domaine continue d’attirer un public familial. 14’335 passages, dont 4’493 par des détenteurs du Magic Pass, surtout présents durant les week-ends. 9’842 forfaits journaliers ont été vendus. Alain Pointet salue la collaboration avec les communes de Sainte-Croix et Bullet, qui a permis de maintenir enneigée la piste des débutants.
Piste éclairée
Fermée depuis le 22 février, la piste éclairée de Sainte-Croix a été ouverte 25 jours (17 l’an dernier), avec une fréquentation jugée satisfaisante, selon le président du ski-club, Christian Burri. La piste de ski de fond n’a, en revanche, été damée que 5 fois, faute de neige. Dévié en raison des projections de glace des pales des éoliennes, le nouveau tracé, comprenant une montée un peu raide, a plutôt séduit les fondeurs aguerris.
Saison écourtée à Mauborget
Du côté de Mauborget, sans enneigement artificel, la saison s’est limitée à sept jours d’ouverture (contre 12 l’an dernier). « C’est une mauvaise saison en nombre de jours, mais plutôt correcte au niveau de la fréquentation sur les jours d’ouverture », résume Cédric Roulet, caissier de la Société du téléski.
Une chute de neige pourrait encore permettre une réouverture, l’installation n’étant démontée que le 5 avril. La saison se conclura avec la traditionnelle course aux œufs de Pâques, le lundi suivant.
Ski de fond : des réalités variées
Le domaine des pistes de ski de fond des Rasses a bien tourné cette année, avec plus de 85 jours d’ouverture au compteur, contre 30 à 40 jours les saisons précédentes. 10 km de pistes étaient d’ailleurs encore accessibles entre la Caravane, la Combe et les Rochats, au 26 mars. À noter que malgré les 15 cm de neige tombés durant la nuit de mercredi à jeudi, l’enneigement n’est pas régulier et ne permet pas de tracer les pistes en cette fin de saison.
« Au niveau de la neige, on est très contents, on a pu tracer non-stop depuis le 10 janvier. C’est la meilleure des quatre dernières années, mais au niveau de la fréquentation, ça ne suit pas », observe Michel Roulet, président du Groupement de skieurs de fond des Rasses (GSFR). La saison, longue et marquée par des conditions changeantes, a aussi engendré des coûts d’entretien élevés. Malgré davantage de jours d’ouverture, les skieurs ont moins souscrit aux cartes annuelles, probablement en raison d’un démarrage tardif de la saison. Le GSFR pourra toutefois s’appuyer sur les bonnes saisons précédentes pour faire face financièrement.
À L’Auberson, la vente de vignettes recule également : -15 % par rapport à l’année dernière, selon Denis Montandon, responsable de la préparation des pistes de fond. Celles-ci ont été ouvertes 20 jours, contre 10 l’an dernier (mais principalement durant les vacances de Noël). Mais les conditions de neige, ainsi que des problèmes techniques sur la dameuse, ont complexifié l’entretien des pistes.
Baisse d’engouement des fondeurs ?
À Sainte-Croix comme à L’Auberson, les acteurs du secteur constatent une affluence en recul. Météo capricieuse, moins de compétitions régionales ou redoux précoce pourraient l’expliquer. « Il faudra trouver des solutions pour redynamiser le ski nordique », estime Michel Roulet.
La MARA Rando, organisée sans chronomètre le 1er février, semble toutefois avoir trouvé son public, avec 106 participants. Un format plus souple qui a aussi rassuré les organisateurs face aux incertitudes d’enneigement.
Belle saison pour la patinoire de L’Auberson
À L’Auberson, la patinoire naturelle tire son épingle du jeu grâce aux conditions particulières de cet hiver. Avec un thermomètre affichant -25 degrés fin novembre, une première ouverture a été possible le week-end du 22-23 déjà, « du jamais vu à ces dates », selon Denis Leuba, bénévole à la patinoire. « Pour entretenir la patinoire, c’est surtout important qu’il fasse bien froid, et s’il y a de la neige, qu’elle vienne dans un second temps ».
Certes, elle n’a pu ouvrir au total que 12 jours, contre 19 en 2024-2025, mais au meilleur moment. Du 30 décembre au 7 janvier, soit pile durant les vacances de Noël, elle a été praticable quasiment non-stop, récupérant probablement au passage les vacanciers en mal de ski, dont des usagers Magic Pass. Des personnes venant de Paris, Lyon et même Londres ont patiné sur la glace de L’Auberson. Le 4 janvier, les organisateurs ont relevé un record de fréquentation avec près de 300 visiteurs.
Saison correcte pour l’hôtellerie-restauration
Plusieurs restaurants, accessibles notamment à ski, tirent un bilan plutôt positif de la saison. À la Bullatonne-Dessous, Sylvie Pelet Aubort estime cependant que cette cuvée sera moins bonne que celle de 2024-2025, « un hiver exceptionnel » marqué par le brouillard en plaine, qui avait attiré de nombreux clients. « Pour nous, le plus important ce n’est pas la neige, puisque les gens peuvent venir à pied, mais l’ensoleillement ». Ouvert tous les jours, le restaurant a particulièrement bien tourné le soir. La saison se terminera par un festival du printemps, dimanche 29 mars.
Le grand nombre de jours d’ouverture des pistes de ski de fond a profité à la Ronde Noire, dont l’accès par la route était déjà fermé fin novembre en raison des chutes de neige. Une soixantaine de repas ont même été servis un dimanche de février. Mais malgré un bon enneigement, le restaurant a pâti du nombre globalement plus faible de fondeurs, et de l’impression, erronée, que les conditions printanières rendaient les pistes impraticables. Pour la tenancière, Camille Rybacek-Erbetta, il faut aussi repenser les activités hivernales. « Les hivers ne seront plus forcément comme dans nos souvenirs. Mais avec du soleil et une petite couche de neige, la randonnée reste belle ». La Ronde Noire sera ouverte jusqu’à fin avril.
Au Grand Hôtel des Rasses, le directeur Nicolas Rollin évoque un bilan globalement dans la même ligne que celui de l’année dernière.
« Les premières tendances indiquent une stabilité des nuitées ».
La clientèle, fidèle et régionale, est au rendez-vous pour les week-ends et les vacances scolaires, attachée au caractère historique de l’établissement. Mais la saison confirme aussi des évolutions de fond : réservations plus tardives, séjours plus courts et attentes accrues en matière d’expériences. « Aujourd’hui, les clients ne choisissent plus seulement un hôtel, mais une expérience complète. Lorsque l’offre d’activités hivernales est limitée, cela impacte directement la durée des séjours ».

