Horocraft, créée et financée par Sylvain Pinaud et Armand Billard, emploie quatre salariés qui font de la recherche et du développement, de l’usinage pour leurs propres besoins, mais également de la sous-traitance.
Un silence cristallin règne dans les locaux de la manufacture Horocraft, installée au chemin des Mouilles. L’atmosphère est d’un calme absolu. D’entrée de jeu, on parle à voix basse. « Les opérations horlogères demandent de la concentration », glisse le directeur Christophe Beuchat. La lumière tombe des baies vitrées sur du mobilier patiné, des horloges d’un autre âge et des instruments anciens qui témoignent d’une activité qui a traversé les décennies.
Dans la partie bureau, l’horlogerie est ramenée au présent par les vastes écrans de conception assistée par ordinateur qui trônent sur les pupitres. « Notre société a été créée et financée par Sylvain Pinaud et Armand Billard début 2024 pour l’approvisionnement de leurs mouvements respectifs », expose Christophe Beuchat. Les deux investisseurs étaient déjà en relation d’affaires avec lui alors qu’il était établi au Val-de-Travers. « La nouvelle société complète leur indépendance », souligne le directeur d’Horocraft, ce à quoi souscrit Sylvain Pinaud.
Séduits par les locaux
La recherche de locaux les a conduits à Sainte-Croix, dans ce vaste espace de 500 m2, certes bien assez grand pour démarrer, mais qui a d’emblée séduit le patron d’Horocraft. « Nous nous sommes tout de suite projetés ici ». Il était facile de séparer la partie mécanique de l’espace bureau, les connections électriques et informatiques étaient disponibles, de même que l’air comprimé. De plus, la société se rapprochait de Sylvain Pinaud, établi à la rue de la Charmille. « Ce n’est d’ailleurs pas exclu qu’il intègre ces locaux un jour, mais il tient également au cachet de son atelier, où il reçoit ses clients ».
Né à Delémont, Christophe Beuchat s’est formé à l’École des métiers techniques de Porrentruy. Il est employé ensuite auprès de belles manufactures, dont Michel Parmigiani et Le Temps Manufacture, à Fleurier. Il sera également constructeur indépendant de 2008 à 2014. Outre Christophe Beuchat, l’entreprise emploie Yannick, responsable de l’atelier CNC, arrivé en Suisse en 2003 de sa Lorraine natale. Il a travaillé à Fleurier, mais également à L’Auberson. De son côté, Stéphane assure toute la partie R&D. Dans la petite équipe figure également Florian Beuchat : « J’ai le plaisir de travailler avec mon garçon », sourit le patron.
Outre les réalisations pour ses commanditaires, des horlogers indépendants qui ont fait confiance à la société dès le départ, Horocraft conçoit ses propres calibres. En vue de l’exposition Watches & Wonders à Genève en avril 2026, elle développe deux bases pour les sociétés de Sylvain Pinaud et sa marque éponyme et pour Sartory-Billard, la marque d’Armand Billard. Christophe Beuchat explique la démarche : « Nous sommes partis d’une feuille blanche pour concevoir ces mouvements. Nous avons pris le temps de les développer en tenant compte de toute une série d’évolutions possibles. Cela peut être un mouvement simple ou double barillet, une petite seconde à 6 heures, une seconde centrale, un tourbillon, un mouvement automatique, une grande date, une réserve de marche… Nous avons toujours l’impression de réinventer la roue. Mais il y a plein de petits détails qui changent », confie Christophe Beuchat.
Avec des acteurs locaux
La manufacture se situe sur un créneau horloger haut de gamme, avec la production de petites séries sur mesure et très personnalisées. « La demande est là. Nous avons un grand soutien d’horlogers indépendants et de collectionneurs à travers le monde, qui aiment posséder des montres avec une histoire. C’est un peu comme le vin », illustre le patron.
Horocraft travaille aussi avec des acteurs locaux, comme Léon Jaccard à L’Auberson et Yildiz Manufacturing, à Sainte-Croix. Une manière de s’intégrer dans un tissu économique qui fonctionne différemment qu’au Val-de-Travers. « Les Valloniers ne se déplacent pas beaucoup à Sainte-Croix, même pas pour le Carnaval », relève Christophe Beuchat. Depuis près d’un an, il découvre les spécificités locales et l’ADN du Balcon du Jura. Sa société peut sous-traiter localement ce que ses machines ne lui permettent pas de réaliser. Elle usine également des pièces pour d’autres marques de l’Arc jurassien.
Difficile en revanche de prédire de quoi sera fait demain. « Nous n’avons pas une grande vision à long terme. La seule difficulté, c’est de faire rentrer l’argent, ce qui est le cas pour toute la chaîne », glisse le patron. Pour le moment, les commandes sont là et Horocraft investit également son énergie dans le développement. Tout en gardant une porte ouverte à la sous-traitance. La jeune société travaille également sur un projet local de montre de poche-boîte à musique avec la Maison Mermod de Jean-Philippe Raymondaz.

