La fromagerie Tyrode à L’Auberson fête cette année ses vingt-cinq ans d’existence et entame un nouveau chapitre avec l’arrivée dans l’entreprise d’Arthur Tyrode, qui termine son brevet fédéral et prend des responsabilités dans la production. Bénédicte, Vincent et Arthur Tyrode évoquent cette nouvelle aventure.
Vingt-cinq ans : une génération. Lorsque Bénédicte et Vincent Tyrode, tous deux fromagers, s’installent à L’Auberson en 2001, animés d’une véritable passion pour leur métier et d’un esprit d’entrepreneurs, ils ne s’imaginaient pas forcément, un quart de siècle plus tard, avoir conçu et réalisé une fromagerie de pointe, pour produire le meilleur du Gruyère AOP, du Vacherin Mont d’Or AOP et de spécialités locales comme la Tomme de l’Auberson ou le Secret des Montagnes. La cinquantaine à peine dépassée, le couple peut déjà compter sur l’appui de leur fils Arthur, qui termine ce mois son brevet fédéral de fromager.
À presque 22 ans, le longiligne jeune homme aux yeux bleus confie qu’il a baigné dans l’activité familiale depuis tout petit. Ses parents se souviennent qu’à quatre ans, il aidait déjà à la fabrication d’une meule de Contrebandier lors du Festival des Terroirs sans frontières, et que cette manifestation était une fête pour lui, « juste derrière Noël », évoque sa maman. En fin de scolarité, Arthur s’imagine d’abord en paysagiste, maçon, ou dans un autre métier manuel. Il effectue différents stages, mais au moment de choisir un apprentissage, il écoute son cœur et opte pour celui de technologue du lait. Une formation qu’il suivra d’abord à la Côte-aux-Fées, puis à Saint-Imier où il obtiendra son CFC. Avant de rejoindre l’entreprise familiale tout en poursuivant son cursus, qui inclura sans doute une maîtrise fédérale par la suite.
Trouver sa place
La nouvelle dynamique à trois impose que chacun trouve sa place à la tête de l’entreprise, et qu’un équilibre se recrée. Bénédicte Tyrode garde ses prérogatives de responsable des ressources humaines – la fromagerie compte 12 employés, jusqu’à 30 en période de fabrication du vacherin Mont d’Or. Une fonction délicate et primordiale.
Bénédicte Tyrode gère également le magasin qu’elle a achalandé et développé en ajoutant à la palette maison des produits du terroir, mais également des articles cadeaux en lien avec l’élevage et l’activité de la région. Au départ, cette offre complémentaire était pensée pour les gens de passage, mais les locaux apprécient aujourd’hui de pouvoir acheter des petits cadeaux, ou se faire plaisir. Et c’est cette clientèle locale qui a été gâtée pour marquer le 25e anniversaire, par un rabais à la même hauteur sur les produits maison pendant une semaine au début mai, un petit cadeau ainsi qu’un concours.
L’automate accessible 24 heures sur 24 depuis quatre ans à l’entrée de la fromagerie est également sous la responsabilité de Bénédicte Tyrode. « Il est fréquenté davantage chaque mois, et attire une clientèle complémentaire, qui ne viendrait pas forcément au magasin », note la responsable. Les habitudes de consommation ont changé, acheter un mélange pour fondue à minuit n’a plus rien d’insolite aujourd’hui.
Relève
Arthur Tyrode assiste désormais aux réunions de son père avec les onze producteurs de lait qui livrent leur or blanc à la fromagerie. Presque dans chaque ferme, des jeunes prennent la relève, et le courant passe bien entre représentants de cette génération. Au niveau de la promotion, Arthur va assumer seul cette année les dégustations que la fromagerie organise chez ses clients français. Ces derniers sont sensibles à l’histoire familiale, et au fait que la relève est assurée. De son côté, Vincent Tyrode gère toujours seul les relations avec les géants de la grande distribution ainsi que les marchés à l’exportation. Un secteur qui nécessite beaucoup d’investissement et d’ajustements dans la stratégie marketing. Comme cette année, où l’augmentation des ventes du vacherin Mont d’Or AOP au Royaume-Uni a permis de pallier une légère baisse du marché suisse.
Assez naturellement, Arthur prend de plus en plus de responsabilités principalement au niveau de la production annuelle des quelque 7’000 meules de Gruyère AOP, 280’000 boîtes de vacherin, ainsi que 10 tonnes de spécialités, 12 tonnes de beurre et 5’000 litres de crème. « Le métier est très physique, admet Vincent Tyrode, et sur ce point, c’est compliqué de régater avec un jeune de 22 ans ».
Tout en mettant la main à la pâte, Arthur acquiert toute une palette de compétences, tant au niveau de l’économie que des relations avec les clients et les fournisseurs, qui complètent le bagage assimilé en formation. Il arrive que les deux hommes divergent sur un point ou un autre. Dans de tel cas, « c’est encore moi qui décide », tranche Vincent Tyrode, qui parle cependant d’une « transition en douceur et très appréciable ». De son côté, Bénédicte Tyrode apporte ses compétences de métier et le feed-back des consommateurs dans le développement de nouveaux produits.
Toujours en quête de parfaire la qualité de ses produits, Vincent Tyrode conjugue aussi fabrication de fromages et durabilité. Notamment par diverses démarches en vue d’optimiser la consommation d’énergie nécessaire à la fabrication en récupérant la chaleur dégagée par le processus. Arthur, qui a abordé cet aspect lors de sa formation et de diverses visites d’entreprises, est un interlocuteur solide. Une nouvelle installation de récupération de chaleur a été choisie et va être mise en service à la fin mai.
Sans regret
Un aspect où le trio se rejoint complètement est celui de l’importance donnée aux relations humaines dans leurs activités. « Quand nous avons fait notre formation, avec Bénédicte, on ne nous en parlait pas. Il était envisagé que dans les années 2000, les gens achèteraient de plus en plus sans contact avec les commerçants et se nourriraient de pilules. On se trompait complètement », évoque en substance Vincent Tyrode. Aujourd’hui les clients montrent leur attachement à l’aspect familial de la fromagerie, sa proximité avec ses producteurs et les aspects environnementaux, comme ils sont sensibles à la qualité de l’accueil au magasin. Un souci partagé par le nouveau voisin, la boulangerie-tea-room-épicerie chez Bigou. Chacun des commerces renforce l’attractivité de l’autre.
En jetant un regard en arrière, la famille Tyrode n’a aucun regret. « J’ai tout d’abord eu de la chance de rencontrer Claudine et Valentin Bielmmann qui m’ont fait confiance pendant 4 ans en tant qu’ouvrier fromager. Des patrons bienveillants ! Puis il a fallu prendre la décision de venir s’installer en Suisse. Ce n’était pas si facile à l’époque… », se souvient le chef d’entreprise.
« Nous avons eu des coups durs, mais nous avons su rebondir, comme après l’incendie de l’ancienne fromagerie », évoque Vincent Tyrode. Bénédicte ajoute : « Nous avons toujours eu la chance d’avoir la santé ».

