Le chantier du tunnel de la Côte est officiellement lancé. Le premier tir de minage a eu lieu jeudi 16 octobre, marquant le début du percement de l’ouvrage qui reliera Sainte-Croix à Vuitebœuf. Sous la protection symbolique de Sainte-Barbe, les équipes du consortium d’entreprises « Du Château » ont entamé ce projet d’envergure, attendu depuis plusieurs années.
Dans un brouillard automnal et sous les applaudissements des équipes, la première charge d’explosif a retenti ce jeudi matin au pied du versant où est situé le portail amont du tunnel. Un moment à la fois technique et solennel, marquant l’entrée du projet dans une phase importante : le percement du tunnel du Château, au cœur du programme de sécurisation de la route cantonale RC 254.
Le tunnel, long de 170 mètres, sera prolongé par 25 mètres de tranchée couverte en amont et 8 mètres en aval, formant un ensemble d’environ 200 mètres sous le hameau du Château.
Il comptera deux voies de circulation et des marche-pieds destinés aux équipes d’entretien, pour une largeur totale de 10 mètres et une hauteur sous la voûte du tunnel de 6,40 mètres environ.
Les travaux ont déjà débuté avec l’excavation et la sécurisation des parois au droit des portails amont et aval du tunnel, réalisées grâce à la pose d’un système de soutènement constitué de béton projeté, de treillis et d’ancrages métalliques. Le percement s’effectuera dans un premier temps côté Vuitebœuf, avant de se poursuivre côté Sainte-Croix.
Un local technique sera également construit à l’entrée du portail amont et restera en place une fois le chantier terminé. Il abritera notamment les tableaux électriques et équipements de commande du tunnel.
Douze kilos d’explosif pour le premier tir de minage
Douze kilos d’explosif ont été mis à feu, reliés par un mince câble vert descendant le long de la paroi et dissimulé derrière un tapis de pneus usagés destiné à retenir la poussière, ainsi que les projections de roche.
Les mineurs ont foré neuf trous de 150 centimètres de long pour les charges principales et quatre de 200 centimètres de long pour la décompression.
Au total, chaque tronçon nécessitera 200 perforations, et 50 tronçons seront réalisés pour l’ensemble du tunnel – soit près de 10’000 forages au total. L’équipe chargée du percement compte huit personnes, réparties en deux groupes.
Après chaque tir, l’air est ventilé pour dissiper les fumées, les matériaux sont extraits du tunnel avec une chargeuse, puis intervient la purge de sécurisation pour faire tomber les morceaux de roches restés suspendus, réalisée par des engins de chantier équipés de brise-roche. Finalement, un soutènement provisoire de la roche est réalisé par des ancrages et un béton projeté avant de reprendre le forage et la préparation du tir suivant. Une fois le percement du tunnel entièrement exécuté, un revêtement en béton coffré sera mis en place.
Les horaires de minage s’étendront de 8 à 20 heures, sans poussière notable pour les habitants, l’ensemble du travail s’effectuant sous terre.
La profondeur maximale entre le terrain et la voûte du tunnel sous le hameau atteint environ 25 mètres.
Toutes les habitations du Château ont été inspectées avant le début des travaux, et des sismographes enregistrent en continu les vibrations du sol. « Les contrôles sont permanents et permettent une surveillance en continu », précise Didier Kreis, chef de projet à la Direction générale de la mobilité et des routes (DGMR). Les habitants, peut-être inquiets, témoignent aujourd’hui d’une confiance apaisée envers les équipes.
La roche extraite, principalement du calcaire, sera stockée à la carrière du Col des Étroits. Une partie sera concassée et réutilisée pour la fondation de la chaussée dans le projet de la RC 254.
Un calendrier tenu
Si tout se déroule comme prévu, la nouvelle route sera rouverte à la circulation en 2028. Les travaux finaux de revêtement – couche de liaison et couche de roulement – interviendront en été 2029, sur le tronçon compris entre le Grand Contour et l’entrée de Sainte-Croix. À l’instar de cet été, des déviations seront mises en place pour permettre l’accès à Sainte-Croix.
Un chantier placé sous la protection de Sainte Barbe
Au moment du premier tir de minage, Didier Kreis a pris la parole avec confiance, saluant la bonne avancée du chantier et le travail collectif mené depuis plusieurs années entre les mandataires, le Canton et les entreprises. Il a souligné « la rigueur, la coordination et la détermination des équipes » engagées dans ce projet.
Dans son allocution, Steven Le Doaré, responsable des travaux souterrains pour le consortium d’entreprises « Du Château », a rendu hommage à cette tradition : « La bénédiction de Sainte Barbe dépasse la simple cérémonie. Elle honore le métier, le courage et la responsabilité partagée de celles et ceux qui avancent là où la lumière n’entre pas encore. »
Il a conclu sur une note symbolique : « Quand le percement sera achevé, Sainte Barbe quittera sa place provisoire pour rejoindre le tunnel, gardienne silencieuse de l’ouvrage et témoin de l’effort collectif. »
Lors de la cérémonie, le prêtre Naseem Asmaroo a béni le chantier, ainsi que les deux statuettes de Sainte Barbe, qui seront installées aux deux entrées du tunnel.
Bottes de chantier aux pieds sous la soutane, il a célébré la bénédiction en rappelant l’esprit de solidarité et d’humilité propre à ce métier.
Sainte Barbe, protectrice des mineurs
Patronne des mineurs, des pompiers et de tous ceux qui affrontent le feu, Sainte Barbe est traditionnellement invoquée au début de chaque chantier souterrain.
Née au 3e siècle, la légende raconte qu’elle fut enfermée dans une tour par son père pour avoir embrassé la foi chrétienne. Ce dernier, frappé par la foudre après son martyre, fit d’elle le symbole de la protection contre les explosions et les incendies.
Dans le monde des travaux souterrains, sa bénédiction est devenue un rite de cohésion et de prudence, mais aussi un moment de recueillement qui rappelle la dangerosité du métier et la solidarité entre collègues.
Aujourd’hui encore, la statue de Sainte Barbe accompagne les équipes de chantier, comme un porte-bonheur discret que l’on place près du front de taille ou à l’entrée des tunnels.
Sur le chantier du tunnel du Château, deux statuettes à son effigie veilleront désormais sur les entrées du futur ouvrage, gardiennes symboliques de la sécurité et du savoir-faire des bâtisseurs.
C. Alkabes

