Avec trois démissions en cours de mandat au sein d’une Municipalité qui ne comptait qu’un ancien « ministre » à son entrée en fonction en 2021, Bullet a traversé la législature sous le signe du changement. Il a fallu revoir les taxes et le taux d’imposition, mais aussi reporter des investissements pour maintenir les finances communales à flot.
« Avec le temps, les habitudes s’installent peu à peu, on peut remarquer une certaine forme de confort, voire d’immobilisme », constatait en 2021 dans les colonnes du JSCE le syndic de Bullet sortant Jean-Franco Paillard, entré à l’exécutif bullaton 28 ans plus tôt. Au moment du passage de témoin, la jeune Municipalité élue en 2021 ne comptait qu’un ancien dans ses rangs, Serge Gander. « Nous avons dû prendre la mesure des choses », se souvient Maude Schreyer, syndique dès juillet 2021. L’équipe se retrouve très vite à quatre, Pierre Duvoisin quitte l’exécutif en raison des exigences d’un nouveau poste professionnel, décroché après son élection. Patrice Jaquier lui succède lors d’une élection complémentaire. Serge Gander, atteint dans sa santé, annonce son retrait au printemps dernier, Maude Schreyer démissionne dans le même temps pour reprendre la rédaction en chef du JSCE. Fabienne Dégailler et William Metzger intègrent la Municipalité à mi-2025 lors d’une élection complémentaire. Tous deux sont à nouveau candidats, de même que Malik Boukhris.
Rencontrée la semaine dernière, Fabienne Dégailler, syndique depuis juillet 2025, mesure le chemin parcouru par la Municipalité dirigée par Maude Schreyer, avec Serge Gander, Fanny Tinguely, Malik Boukhris et Patrice Jaquier. « Ils ont pris les problèmes à bras-le-corps, ils les ont affrontés sans a priori, et ils ont foncé ».
Causes multifactorielles
L’urgence de travaux d’entretien des bâtiments est apparue très vite à la nouvelle équipe. « Il pleuvait dans l’appartement des locataires de Bertha Bonnet », illustre Maude Schreyer. L’exécutif doit également faire face à des charges qui prennent l’ascenseur, dont des mises à jour obligatoires de l’informatique communale passant de 10-15’000 frs par an à plus de 40’000 frs pour le contrôle des habitants et la comptabilité. « La mise en œuvre du mariage pour tous a par exemple impliqué de modifier le logiciel du Contrôle des habitants. Il a fallu renforcer aussi la protection contre les attaques informatiques », détaille Maude Schreyer.
En outre, en raison des changements de paradigme de la péréquation intercommunale, Bullet a perdu des subventions promises pour des travaux routiers, de l’ordre de 100’000 francs, indique pour sa part Malik Boukhris.
De son côté, Fabienne Dégailler mentionne des causes multifactorielles à la lente dégradation des finances communales. Elle cite le dossier de la rénovation de la STEP, « qui illustre une situation générale ». La réflexion démarre en 2016, avec un avant-projet chiffré à 14 millions de francs, dont 1,8 million pour Bullet. Or, le préavis déposé en 2025 ascende à 21,5 mio, dont 2,3 mio pour Bullet, en raison d’un nécessaire phasage des travaux, de nouvelles exigences cantonales, ainsi que de la hausse du prix des matériaux et de l’énergie. Alors que les réserves sont clairement insuffisantes, la taxe n’ayant pas été ajustée au cours des législatures précédentes. Un préavis pour corriger le tir est actuellement en préparation.
Manque de réserves
Selon le modèle comptable MCH2 en effet, trois postes doivent impérativement être autofinancés par les taxes. La distribution de l’eau, notamment, dont le coût était longtemps resté stable, mais qui a été facturé pendant deux ans à un prix inférieur au coût réel, obligeant la commune à puiser dans des réserves déjà maigres. La Municipalité a procédé en 2024 à une refonte du règlement communal sur l’eau pour permettre une adaptation des tarifs dès 2026, afin de couvrir les coûts et de créer des réserves.
Concernant les déchets, un nouveau règlement sera soumis en juin 2026. « Nous attendons des nouvelles du canton qui nous a indiqué un délai de traitement de quatre mois », signale Fabienne Dégailler. En outre, des solutions pour faire baisser les coûts sont recherchées. Le temps presse, car un manque de réserves constituées entraîne la création de « réserves négatives ». « Si on n’ajuste pas très rapidement les taxes, on se retrouve avec une accumulation de pertes sur ces postes-là », avise la syndique actuelle.
Suite à la motion Dégailler, le Conseil communal a dû trancher entre le remplacement de la conduite, qui amène l’eau depuis la source de Culliairy, en profitant des travaux sur la RC254, ou son abandon et le raccordement de Bullet à l’ACRG. C’est la variante de maintien de la source qui a été privilégiée à fin 2024. Globalement, « les dépenses sur le réseau d’eau durant la législature dépassent les 1,8 mio de francs », note Patrice Jaquier, municipal sortant en charge du dossier.
En 2023, la Municipalité, en collaboration avec la boursière, procède à une évaluation des perspectives financières. « Nous avons appris qu’il faudrait idéalement passer le point d’impôt à 80 (au lieu de 70). Nous avons proposé 4 points, ce qui a été réduit à 2 par la commission, qui a été suivie par le Conseil en automne 2023. Ce sont des montants relativement bas, mais nous voulions aussi avoir une démarche sociale, aller chercher des pistes de réduction des coûts, sans peser sur la tête des contribuables », indique Maude Schreyer.
Seuil critique
En 2025, deux études successives demandées à Jean-Michel Brandt (boursier à Sainte-Croix) ont débouché sur des conclusions pessimistes : un seuil critique risque d’être atteint dès 2027 ou 2028 selon les scénarii. Des solutions sont esquissées. La Municipalité envisage une hausse d’impôt de 6,5 points, le Conseil coupe la poire en deux, et c’est finalement une augmentation de 3 points qui passe la rampe de l’organe délibérant. Est-ce suffisant pour éclaircir l’horizon ? « Oui », répond Fabienne Dégailler. Elle précise que la Municipalité a repris le plan d’investissement, pour étaler certaines dépenses sur les prochaines années, selon les recommandations de Jean-Michel Brandt. Le Plan de gestion intégrée des pâturages est concerné. Les travaux prévus aux domaines des Bullatones se feront par étapes. La réfection de la toiture de la grande salle, avec pose de panneaux solaires, a été différée. Autre exemple, le toit de l’église devra attendre également, de même que le remplacement du chauffage de l’édifice, qui coûte 10’000 frs par an pour maintenir une température suffisante au bon fonctionnement de l’orgue.
À quelques mois de la fin du « quinquenat », Fabienne Dégailler jette un œil dans le rétroviseur. « Cela aura été une législature ambitieuse », glisse-t-elle. La cerise sur le gâteau devrait être apposée en été par la réouverture de l’hôtel-restaurant du Chasseron, via une servitude entre Armasuisse (propriétaire de l’établissement) et la commune, qui permettra à cette dernière de louer l’établissement à un repreneur motivé.
Les anges gardiens de la transmission
« On voit beaucoup les politiciens, mais on ne voit pas assez le travail accompli par les employés communaux, ce sont vraiment ces personnes qui font la transition entre deux législatures », exprime Maude Schreyer. Élue en 2021, elle cite les cheffes et chef de service Anna-Rita Ciardo et Marisa Leuba ainsi que René Guex, (travaux et forêts), mais également Fredy Haarpaintner, bûcheron, et Rémy Maulaz, responsable des eaux. « On a pu leur poser toutes nos questions et grâce à eux, la transition s’est relativement bien passée ».
Ces trois dernières personnes sont depuis parties à la retraite, après beaucoup d’engagement. Le flambeau a été repris par Christian Cachemaille, Stéphane Péclard et Rafaël Figueiredo.
De son côté, Fabienne Dégailler salue également l’investissement des responsables de service, « qui ont l’historique des dossiers, savent auprès de qui on peut se renseigner et disposent de connaissances pour faire fonctionner la commune ».
De gros dossiers toujours au menu
Le projet d’implantation d’une quinzaine d’éoliennes par la société Ennova, filiale des SIG genevois, sur le flanc du Chasseron a jalonné la législature. Patrice Jaquier, municipal sortant qui a repris et suivi le dossier, en retrace les grandes étapes, dont la mise à l’enquête en novembre 2021. Les quatre communes concernées, Fontaines-sur-Grandson, Mauborget, Fiez et Bullet lèvent les oppositions et valident le plan d’affectation valant permis de construire en 2022. Le canton approuve le plan d’affectation le 13 juin 2023. Un référendum, lancé contre la décision de Bullet, est rejeté à la raclette en septembre 2024, puis les recourants sont déboutés par la Cour d’appel cantonale (CDAP). Aujourd’hui encore, un recours des associations de protection de la nature, portant sur la décision cantonale, est pendant à la CDAP.
Dans un autre registre, le Plan Énergie et Climat Communal (PECC), mis en place en 2023 sur un mode participatif, a débouché sur quelques mesures, dont la réduction de l’éclairage public pendant la nuit. Le PECC a cependant été mis en pause depuis l’été 2025 « face aux autres urgences budgétaires », note Patrice Jaquier.
De son côté, Malik Boukhris a repris le dossier du PACom pour le finaliser et le soumettre à l’enquête publique au printemps 2024. Il a suscité une trentaine d’oppositions, dont des demandes de déplacements de limite ou des oublis. Le Plan partiel d’aménagement des Cluds a été abandonné et ce secteur intégré dans le PACom. Il fera l’objet d’une mise à l’enquête complémentaire.
Le PACom va être envoyé à l’examen préalable au canton « d’ici fin février au plus tôt », indique Malik Boukhris, qui s’est rendu six fois à Lausanne pour ce dossier. Le premier examen préalable avait suscité de demandes de modifications du canton, sans laisser beaucoup de marge de manœuvre à la commune pour les surfaces à bâtir. « Nous avons pu en revanche effectuer des rocades entre des zones de verdure et des zones agricoles », indique le municipal.
C. Dubois

