Chaque jour, Mystère Margairaz traverse le Jura vaudois aux commandes des trains de la ligne Yverdon – Sainte-Croix. Entre responsabilités, paysages et rencontres, la jeune mécanicienne de locomotive raconte une profession exigeante dans laquelle elle s’épanouit pleinement.
Quand Mystère descend du train, sourire aux lèvres et regard pétillant, difficile d’imaginer qu’elle vient de conduire plusieurs dizaines de tonnes d’acier à travers les reliefs du Jura vaudois. À 27 ans, cette jeune femme, née au Cameroun et naturalisée suisse, est mécanicienne de locomotive sur la ligne Yverdon-les-Bains – Sainte-Croix. Employée chez Travys depuis 2023, elle exerce son métier avec assurance et simplicité.
Pourtant, rien ne la prédestinait au monde ferroviaire. « C’est arrivé un peu par hasard », raconte-t-elle. En quête d’un nouveau défi professionnel, elle décide un jour de changer totalement de voie et de tenter sa chance dans un univers encore largement masculin.
Huit mois de formation plus tard, elle prend les commandes des trains avec assurance. « C’est un beau challenge et je n’ai aucun regret. »
Un métier exigeant, mais passionnant
Sans bagage technique au départ, Mystère souligne la qualité de l’apprentissage reçu et l’ampleur des compétences à acquérir : règles de sécurité, conduite, réflexes indispensables à un métier où l’erreur n’a pas sa place. « La formation est très bien faite, elle prépare à toute éventualité », assure-t-elle.
Elle se souvient encore de ses premiers pas sur les voies à Six-Fontaines, aux côtés d’un collègue qui lui expliquait les éléments de sécurité et mécaniques du rail. Un moment marquant qui a confirmé son choix.
Au fil du temps, elle a trouvé sa place au sein d’une équipe qu’elle décrit comme soudée et bienveillante. Elle apprécie particulièrement les échanges avec les collègues les plus expérimentés, la proximité entre les différents services et la bonne cohésion avec le centre de régulation d’Orbe.
Derrière sa bonne humeur se cachent une discipline de chaque instant et un solide professionnalisme. « On a une responsabilité importante, mais c’est valorisant de savoir qu’on est capable d’assurer cette mission », confie-t-elle.
Face aux voyageurs, les réactions sont parfois teintées de surprise lorsqu’ils découvrent une femme aux commandes. Une situation qu’elle aborde avec recul. « Les regards étonnés, c’est compréhensible », glisse-t-elle simplement. Elle préfère retenir les échanges chaleureux et les mercis glissés en fin de trajet.
Un bureau entre montagnes et forêts
Ce que Mystère aime par-dessus tout, c’est l’absence de routine. Aucun trajet ne ressemble vraiment au précédent. Les passagers changent, les horaires aussi, tout comme les lumières sur les reliefs du Jura vaudois. Elle apprécie aussi cette impression de faire partie du quotidien des voyageurs, les conduisant à destination en toute sécurité.
Son bureau s’étend désormais entre vallées, forêts et montagnes. Et lorsqu’elle évoque ces paysages, son regard s’illumine immédiatement. « On ne peut rêver meilleur bureau ! », souffle-t-elle avec enthousiasme. La mer de brouillard qui recouvre parfois les reliefs, les chamois aperçus près des voies ou les saisons qui transforment la ligne rendent chaque parcours particulier. Son tronçon préféré ? Entre Six-Fontaines et Sainte-Croix, pour la beauté du panorama. Mais aussi entre La Brinaz et Yverdon-les-Bains, « parce qu’on peut atteindre 75 km/h », plaisante-t-elle.
Mystère mesure aussi tout ce que cette profession lui a apporté sur le plan personnel. « J’ai gagné en rigueur, en sens des responsabilités… et même en ponctualité », avoue-t-elle en souriant. Dans son entourage, son parcours suscite beaucoup de fierté. Son père, agriculteur, rêvait lui-même d’exercer ce métier. Toute sa famille soutient son choix, même si les horaires tardifs inquiètent parfois.
Quand on lui demande quel conseil elle donnerait à une jeune femme tentée par cette voie, sa réponse fuse sans hésitation : « Il ne faut pas avoir peur du côté technique. Si moi j’y suis arrivée, cela devrait encourager d’autres femmes. Ce n’est pas un choix ordinaire, mais homme ou femme, on reste mécanicien ». Elle recommande aussi de participer à une journée découverte pour comprendre les réalités du métier.
Aujourd’hui Mystère savoure l’autonomie et la sérénité que lui procure son travail. Malgré la rigueur et les exigences du quotidien, elle ne cache pas sa passion. « C’est l’un des plus beaux métiers qui existe. Et puis… on conduit un sacré bolide ! ». Et lorsqu’on lui demande ce qui la rend la plus fière, sa réponse est immédiate : « D’avoir osé relever le défi ».
Chaque départ raconte désormais un peu de son parcours : celui d’une jeune femme qui, presque par hasard, a trouvé sa voie sur les rails. Une voie qu’elle n’échangerait pour rien au monde.

