Une forte baisse du débit des sources d’eau sur le Balcon du Jura a incité les communes et l’ACRG à prendre des mesures restrictives comme interdire de remplir les piscines et d’arroser les pelouses, les jardins d’agrément et les potagers.
La situation est inédite.
Habitué à faire face à des étés secs, le Balcon du Jura vit cette année une situation inédite : la température s’élève et la pluviométrie diminue, résume Jean-Bruno Wettstein, ingénieur agronome fort de 45 ans d’expérience de la gestion et de l’amélioration des alpages du Jura vaudois. 2003 et 2022 étaient des années sèches, mais la température moyenne de juillet était de 3 degrés inférieure à celle de cette année. Il a plu 118 mm en juillet 2003, 31 mm en juillet 2022 et seulement 24,2 mm le mois dernier. La température moyenne en juillet a dépassé les 17 degrés.
En conséquence, les eaux souterraines s’amenuisent. À Sainte-Croix, la source principale, dite des Dénériaz ne « produit » plus que 270 m3 d'eau par jour, contre 980 m3 aux périodes les plus propices indique Ludovic Heintz, nouveau municipal en charge des travaux, des services industriels, de la voirie, des forêts et des pâturages.
La source de Culliairy, qui alimente Bullet, est tombée à moins d’un cinquième de son potentiel maximal. Avec comme corollaire une baisse de pression et des difficultés pour remplir le réservoir. Mais même à débit réduit, cette source est précieuse pour Bullet, qui devrait sans elle recourir uniquement à l’eau de l’Association des communes de la région de Grandson (ACRG), indique la syndique Fabienne Dégailler. Elle souligne aussi que l’été particulier que nous sommes en train de vivre incite la population à s’interroger sur l’importance de l’eau, mais également à s’intéresser au fonctionnement du réseau.
Interconnexion
Deux des quatre sources d’eau potable gérées par la Société coopérative des eaux de L’Auberson sont taries, informe de son côté Kim Fiaux, surveillant du réseau. La principale, et celle dite de secours, sont également moins prodigues, ce qui contraint les responsables du réseau à stopper les prélèvements un jour sur trois pour permettre aux réserves de se reconstituer. L’eau qui alimente le village est alors captée sur le réseau de Sainte-Croix.
L’interconnexion des différents réseaux d’eau est d’une grande aide en cas de pénurie. La Société coopérative des eaux de la Sagne recourt également ponctuellement au réseau de Sainte-Croix lorsque ses sources de La Râpe sont trop basses, explique son président Thomas Glauser. Quarante-huit heures sont nécessaires pour que le réservoir se remplisse à nouveau, ce qui suffit pour une dizaine de jours.
Lorsqu’elles sont en déficit d’or bleu, les communes membres de l’ACRG, dont Sainte-Croix, Bullet et Mauborget, se tournent vers le pompage de l’eau dans une nappe phréatique via deux puits à Onnens. L’eau pompée est acheminée par conduite, un transport géré par l’ACRG. Les deux puits sont cependant aussi affectés par la sécheresse.
Ils devraient être remplis jusqu’à 2,50 mètres du haut, mais le niveau est descendu ces derniers temps de 2,80 mètres à 4 mètres, indique Ludovic Heintz. Parmi les mesures d’économies prises, l’ACRG a réduit sa contribution à Sagenord, la SA de gestion des eaux du Nord vaudois, en l’abaissant de 12'000 litres à la minute à 8000 l/min.
Restrictions
Dans ce contexte de pénurie générale, les communes n’ont pas d’autre choix que de renforcer les mesures restrictives déjà en vigueur depuis juin, afin de ne pas aggraver la situation. Cela affecte la population. Si chacun peut renoncer sans drame à laver sa voiture ou à arroser sa pelouse, l’interdiction d’irriguer son potager avec l’eau du réseau ne va pas de soi. « Nous comprenons bien que le sujet soit émotionnel », admet Ludovic Heintz. C’est d’ailleurs cet aspect sensible qui a incité les communes à autoriser l’arrosage des fleurs dans les cimetières.
« Il faut se baser sur une globalité. L’eau est un bien commun, à partager », expose le municipal sainte-crix. Cette préoccupation s’invite d’ailleurs dans la politique fédérale. Par exemple, le Parti vert'libéral demande une stratégie nationale de l’eau, afin de se préparer aux futures périodes de sécheresse.
Droit fondamental, l’eau participe aussi à la sécurité alimentaire.
« Aujourd’hui, des communes acheminent de l’eau par hélicoptère dans les alpages. Des agriculteurs ravitaillent eux-mêmes des bassins de récupération ou des citernes pour abreuver leurs bêtes. L’eau est vitale au secteur de l’élevage, pilier de l’agriculture du Balcon du Jura pénalisé par la canicule et le manque de fourrage. Le maintien d’une production de lait et de viande est une question de survie pour les paysans, mais également une contribution à la disponibilité de denrées alimentaires pour la population. »
Plus surveillée
Lorsque les sources tendent à se tarir, les quantités d’eau qui subsistent doivent être étroitement surveillées du point de vue bactériologique. Elles passent par un système de chlorage avant d’arriver dans le réseau du Balcon du Jura, précise Ludovic Heinz. Parfois une deuxième filtration, par UV est nécessaire, indique-t-il.
Des mesures et astuces pour économiser
« Les gens sont sensibles à la question de l’eau, et trouvent des solutions », estime la syndique de Bullet, Fabienne Dégailler. Pour adoucir les restrictions, des particuliers ont déjà équipé leur maison de citernes ou de tonneaux afin de récupérer et stocker l’eau de pluie. Ce qui leur permet de poursuivre l’arrosage de leurs fleurs et légumes. C’est le cas, notamment, de Fabienne Dégailler qui a installé deux bidons qui lui permettent « amplement de tenir tout l’été ». Pour d’autres, les maigres averses orageuses contribuent à prolonger la réserve recueillie.
La commune de Sainte-Croix utilise de l’eau récupérée pour l’arrosage des nombreux massifs de fleurs sur son territoire. À Bullet, le Municipal David Bernardi a mis à disposition le contenu d’une fosse à purin désaffectée pour maintenir en vie les fleurs de la commune.
Des agriculteurs ont été précurseurs. Ainsi Alexandre Genoud, à Bullet. Lors de la construction d’un nouvel hangar-stabulation libre pour chevaux, une citerne qui recueille l’eau de pluie d’un pan de toit de 850 m2 a été installée sous le bâtiment en 2021. « Un seul orage qui fait tomber 25 litres d’eau par m2 permet de récupérer 21'000 litres », soit un quart de la capacité de la citerne, note l’agriculteur. Équipée d’un système de pompe à surpression, cette réserve économise depuis cinq ans le besoin en eau potable pour le bétail et les chevaux.
Les fontaines publiques ont été fermées. Sauf un bassin à la Sagne, alimenté par de l’eau non potable, où il est possible de prélever de l’eau, selon Thomas Glauser, président de la Société coopérative des eaux de la Sagne, mais seulement avec des moyens manuels. Pas question de brancher un tuyau ou une pompe. À L’Auberson, les goulots fonctionnent par bouton-poussoir mais l’eau reste disponible.
Sans perte de confort
Dans la vie de tous les jours, certains gestes sont devenus des classiques. Prendre des douches rapides au lieu de bains et fermer le robinet quand on se savonne ou se brosse les dents permet d’économiser le précieux liquide sans réduire son confort. Parmi les recommandations qui fleurissent sur internet, on peut récupérer dans un bac l’eau qui coule avant d’arriver à la bonne température. À la salle de bain, elle réduira l’usage de la chasse d’eau, et trouvera aussi son utilité à la cuisine. Une astuce de jardinier : disposer un bac sous le robinet de son évier permet de réutiliser l’eau de lavage des légumes ou de rinçage des mains pour arroser les jeunes plants et les fleurs en caissettes plus sensibles à la sécheresse. La nécessité rend inventif.
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