C’est devant un hall comble que la direction du MuMAPS, les autorités, les partenaires et les artistes inauguraient le samedi 27 septembre la deuxième exposition temporaire du musée. Intitulée « Le Jupon de l’Absinthe », cette exposition recrée de façon contemporaine l’univers clandestin de la production et de la consommation de l’absinthe. Douze artistes d’un collectif exposent 99 œuvres. La 100e œuvre étant l’exposition en elle-même.
Dès sa création, le MuMAPS a eu pour projet d’alterner une exposition temporaire sur la mécanique d’art et une exposition sur le patrimoine local dans l’esprit des musées, le Musée Baud, le CIMA et le Musée des Arts et des Sciences, qu’il regroupe aujourd’hui. Dans son discours, Diane Esselborn, directrice du MuMAPS, s’est amusée du hasard qui a fait que le premier rendez-vous concernant ce projet artistique sur l’absinthe et son univers clandestin ait eu lieu dans… une cave ! En effet, le bureau de la directrice d’un MuMAPS encore en devenir, était à l’époque situé dans la cave du Musée des Arts et des Sciences. C’est là qu’elle a rencontré les deux porteuses du projet, la musicienne Anne-Sylvie Casagrande et la photographe Carole Alkabes. C’est ainsi que l’absinthe, et la culture souterraine qui a entouré son interdiction, est aujourd’hui au cœur de la première exposition sur le patrimoine local du musée.
Froufrous et breuvage interdit
Le Duo Draak a d’emblée plongé le public de l’inauguration dans une atmosphère de la Belle Époque en chantant « Froufrou », « le son des jupons qui rend les homme fous ». On disait que l’absinthe rendait fou, l’histoire veut qu’on ait prohibé l’absinthe mais pas les jupons. Anne-Sylvie Casagrande et Yveline Schwab ont chanté assises sur un vélocipède, construit par Etienne Vanhoutte, l’objet qui fera le lien entre les évènements extra-muros et l’exposition. Plus tard, c’est la conteuse, et aussi mosaïste dans cette exposition, Caroline Cortès, dite Coca, qui raconte la clandestinité de la production d’absinthe par la voix d’un adolescent découvrant le secret de ses parents.
Ces performances ont montré que les arts vivants ont leur place au musée. « Promouvoir la collaboration entre les arts vivants, les arts visuels et la photographie d’auteur », c’est justement la mission de l’association le Zootrope qui a soutenu ce collectif d’artistes. Son secrétaire-caissier, Yann Delamadeleine, a tenu un discours drôle et enthousiaste, en racontant l’histoire de ce projet auquel il a cru dès le départ et pourtant, a-t-il dit : « c’est aujourd’hui à l’ouverture que, enfin j’ai compris ce qu’ils voulaient faire ! ». Le syndic Yvan Pahud a conclu les discours inauguraux en saluant une exposition sur un produit « bien de chez nous », tout en étant transfrontalier entre les cantons de Vaud et Neuchâtel, ainsi qu’entre la Suisse et la France.
L’absinthe revisitée sous toutes les formes
La foule a ensuite été invitée à quitter le hall du MuMAPS en procession derrière le Duo Draak pour monter visiter l’exposition. Les scénographes Ingrid Braff Besson, Caroline Besson et Juliane de Senarclens ont créé un espace qui fait penser à un salon clandestin dans lequel on peut déambuler autour des œuvres ou s’installer sur un fauteuil et s’imprégner de cet environnement Belle Époque. Carole Alkabes montre des images bien différentes de celle qu’elle publie régulièrement dans ce journal. La photographe a utilisé l’intelligence artificielle pour créer, entre autres, des plantes d’absinthe dont l’œil halluciné trahit l’ivresse.
Les plus légères des œuvres dans ce coin féminin de l’exposition sont deux jupons de tulle sur lesquels Annina Buri Berney a brodé les routes de l’absinthe, d’un alambic à l’autre. Les jupons de Coca, eux, ne s’envolent pas. L’artiste présente trois jupons en mosaïque, dont un est fabriqué avec des câbles électriques qui donnent un subtil effet brillant. Dans ce coin de salon, on trouve aussi les chapeaux, création collective de membres de la BAZ|ZAB et d’Ingrid Braff Besson. Ces chapeaux peuvent être essayés pour devenir ainsi un personnage de l’exposition.
Le seul artiste à ne pas venir de l’Arc jurassien est Alain Perraudin, un luthier valaisan, qui présente des jouets tournants créant des illusions optiques. Les assemblages de pièces métalliques récupérées d’Etienne Vanhoutte créent des formes évocatrices, comme cette ombre sombre qui nous accueille avec un parterre de bouteilles d’absinthe vides à ses pieds. Affolante elle aussi, la fée verte créée par Jean-Pierre Vaufrey et animée par Nicolas Court, promet la mort au fond de la bouteille. Ces œuvres, et bien d’autres encore, sont entourées de nombreux objets personnels qui ont été donnés aux artistes pour faire un tableau réaliste du vécu de cette époque.
Cuvée spéciale
Cette soirée inaugurale s’est terminée autour d’un verre d’absinthe bien sûr. C’est l’artiste en distillation, Françoise Bovet, qui a créé pour l’évènement une absinthe qui porte le même nom que l’exposition. Après une longue expérience dans la fabrication de l’absinthe selon la recette de son père, Françoise Bovet créé ici sa première recette. À 21 heures, nombreux se pressaient encore pour goûter ce breuvage, dont les porteuses du projet du « Jupon de l’Absinthe » lui ont fait commande. Une absinthe « féminine et élégante », avaient-elles demandé.
M. Feller

