Comme en 2024, année de rodage des six éoliennes installées au Mont-des-Cerfs et à la Gittaz qui tournent depuis novembre 2023, la production d’énergie n’atteint pas totalement le rendement attendu.
La société Romande Énergie (RE) a bouclé l’exercice 2025 avec un bénéfice net de 80 millions de francs. Un résultat solide attribué principalement à « une hausse de la marge sur l’énergie », selon la société vaudoise. En termes de production éolienne en 2025, le premier parc de RE, celui de Sainte-Croix, annonce le chiffre de 19,7 millions de kWh, soit en dessous des 22 millions de kWh attendus à l’installation du parc, et légèrement inférieur à celui de l’année 2024, dite de rodage. Sur le terrain, les plateformes ont reverdi et les six aérogénérateurs font désormais partie du paysage. Porte-parole de Romande Énergie, Michèle Cassani analyse ces résultats pour le JSCE.
JSCE : Vous annoncez une production de 19,7 millions de kWh du parc éolien de Sainte-Croix, comment interprétez-vous ce résultat à nouveau en dessous des prévisions ?
Michèle Cassani : L’année 2025 a été moins venteuse que 2024, pour une production quasi identique (20,2 mio de kWh). À cela s’ajoutent les arrêts pour les chauves-souris et le givre que nous ne pouvons pas maîtriser et qui dépendent des conditions climatiques. Nous estimons qu’une fluctuation de +/- 10 % est faible en comparaison avec l’hydraulique qui se situe à +/- 30 % ! Et nous sommes encore en phase de réglage dans le but d’optimiser tous les aspects du parc.
Économiquement, avec le prix de 23,5 ct le kWh qui vous est garanti par Pronovo, est-ce que les éoliennes sont rentables ? Ou alors perdez-vous de l’argent, comme le laissent entendre des spécialistes des calculs de rentabilité énergétique ?
L’éolien est une nécessité dans le cadre de la Stratégie énergétique 2050. Le but n’est pas d’enrichir les propriétaires, mais de contribuer à une production d’énergie renouvelable locale. La rémunération que Pronovo nous verse nous permet d’assurer une rentabilité du parc sur sa durée de vie de 20 ans. Nous rentrons dans nos frais sans toutefois pouvoir afficher des bénéfices abusifs !
Dans le même temps, les petits producteurs de courant photovoltaïque ne sont plus que très faiblement rétribués, alors qu’ils ont financé eux-mêmes leur installation. Pourquoi cette discrépance ?
Le modèle économique du solaire est différent de celui de l’éolien. Alors que l’un nécessite des années de procédures puis de construction, le solaire a l’avantage d’être porté par les particuliers, les collectivités et les entreprises. Il est rapidement déployable et l’énergie produite autoconsommée. Seul le solde est injecté dans le réseau et rémunéré. Les prix de reprise sont à la hauteur de ceux pratiqués avant la crise énergétique. Cette dernière a vu les tarifs du kWh et donc les prix de reprise exploser. Nous sommes revenus, en quelque sorte, à une normalité. Ce qui change, c’est la méthodologie de rémunération, trimestrielle, et sur la base des prix réels du marché.
On le voit bien depuis Sainte-Croix, la production des hélices est en dents de scie. Comment gérez-vous ce courant non pilotable ?
Les prévisions de vent sont relativement fiables et l’hydraulique pilotable permet de régler le réseau si nécessaire. C’est la somme de toutes ces productions intermittentes qui doivent être compensées, soit par de l’hydraulique pilotable ou des systèmes de gestion de l’énergie chez les particuliers.
Quel bilan tirez-vous au niveau du temps d’exploitation ? Dans la région, on se rend compte que certaines éoliennes sont plus souvent arrêtées que d’autres. Avez-vous rencontré des pannes ou des problèmes particuliers ?
Nous n’observons pas d’écart majeur entre les différentes machines après deux ans d’exploitation. Diverses causes expliquent les arrêts. Outre la maintenance, le givre et les chauves-souris, l’arrêt le plus visible depuis Sainte-Croix est dû à la protection contre les ombres portées. Ces arrêts ont essentiellement lieu le matin, les jours ensoleillés, de façon séquentielle sur le Mont des Cerfs.
À propos du givre, l’hiver dernier, des skieurs de fond ont fait état de projection de givre à des distances considérables.
Le bureau Meteotest a effectué, à notre demande, une analyse des dangers liés aux risques de givre, permettant d’identifier les zones à risques selon les situations rencontrées : état de fonctionnement, orientation et vitesse du vent, temps d’exposition… C’est sur cette base que les itinéraires autour des machines ont été ajustés et, le cas échéant, déplacés.
La formation de givre sur les pales n’est pas un phénomène maîtrisable puisque inhérent aux conditions climatiques. Il y a lieu de distinguer la projection de givre (machine en fonction) et la chute de givre (machine à l’arrêt), puisque dès qu’une formation de givre est détectée ou suspectée sur une pale, la machine s’arrête et laisse place à un cycle de chauffage de 4 heures permettant de faire tomber la glace sous les pales. Les impacts au sol ne sont pas de nature à mettre en péril les utilisateurs des chemins balisés. Nous n’avons d’ailleurs pas connaissance d’utilisateurs ayant rapportés de telles projections.
Au niveau de la faune ailée, combien de fois le radar a-t-il détecté des vols de migration qui ont entraîné l’arrêt des éoliennes ?
Aucune. Il est à noter que l’arrêt est ordonné par l’ornithologue et non le radar.
Où en sont les négociations avec la commune en lien avec l’usure de la route de la Gittaz par le passage des nombreux camions qui ont amené les matériaux et les éléments des éoliennes sur le site ?
Nous avons transmis une proposition pour réparer les dégâts causés par le chantier à la Commune et sommes dans l’attente d’un retour de sa part.
Les mesures de bruit ont pris retard
Selon l’orientation et la force du vent, certains quartiers de Sainte-Croix restent très impactés par le bruit, soit mécanique dû à la différence des composants des éoliennes, soit aérodynamique découlant de la rotation des pales fendant l’air.
Une campagne de mesures acoustiques aurait dû être menée au cours de la première année d’exploitation du parc éolien. Cette exigence n’a pas encore pu être satisfaite, le canton de Vaud ayant mis le protocole ad hoc à disposition seulement en septembre 2025. Intitulé « Suivi acoustique des parcs éoliens, concept de mesurage », il a été élaboré par des services cantonaux, avec l’aide du bureau d’ingénieurs CSD et d’un groupe de travail issu des cantons romands.
L’objectif du document de 18 pages vise à « cadrer la méthodologie de mesures acoustiques et d’analyse des données, permettant de vérifier la conformité d’un parc éolien au sens des articles 12 et 36 de l’ordonnance sur la protection contre le bruit du 15 décembre 1986 », note le canton en préambule du protocole.
« La campagne de mesures est en cours », annonce Michèle Cassani. Elle relève que le protocole cantonal a nécessité diverses adaptations dans sa méthodologie afin d’être applicable à un parc éolien, et que RE n’a pu que partiellement profiter de la saison hivernale pour débuter les mesures.
L’Arnon a « donné » 2,2 GWh
Inaugurée en juillet 2022, la petite centrale hydroélectrique installée sur l’Arnon, dans les gorges de Covatannaz, a produit en 2025 un peu plus de 2,2 GWh. Ce résultat, annoncé par Michèle Cassini, porte-parole de Romande Energie (RE), est qualifié de « satisfaisant ». Il s’inscrit dans la ligne de ce qui avait été anticipé. Pour rappel, le barrage est situé au pied de la résurgence du Fontanet, et les eaux empruntent une conduite enterrée de 1300 mètres de long avant d’être turbinées à Vuiteboeuf par la société Arnon Energie SA, sur le site de l’ancienne scierie.
Le projet initial était porté par RE et par la société Estia. Il s’était heurté à la résistance, jusqu’au Tribunal fédéral, de Pro Natura, du WWF et de la Société des pêcheurs en rivière, qui estimaient que « le faible rendement énergétique attendu ne justifiait pas les atteintes à la faune et à la flore de ce site classé au niveau cantonal ».
La nature s’était rebellée à fin 2023, avec un glissement de terrain qui avait touché le barrage et mis à nu une partie de la conduite. Menés sur plusieurs mois, les travaux de réhabilitation avaient impacté la production des exercices 2023 et 2024.
Visites guidées
Romande Énergie propose des visites guidées de quatre différents sites de production d’énergie, dont le parc éolien de Sainte-Croix. Au départ du Col des Etroits, un guide explique le projet, la construction, l’énergie éolienne et les énergies au long du chemin, précise Michèle Cassini, porte-parole de RE. Les visites gratuites sont accessibles dès 10 ans, sur réservation, avec un minimum de 6 participants et elles sont organisées du lundi au vendredi en journée. Il n’est pas possible d’aller à l’intérieur d’une machine et en cas de mauvais temps, la visite guidée est reportée.
D’autre part, le fournisseur d’énergie a installé des panneaux didactiques à différents endroits en dehors du parcours de la visite guidée, ce qui permet à toute personne intéressée d’obtenir des informations sur le parc éolien sans forcément participer à une visite accompagnée.
Les autres sites de production ouverts à la visite sont la Centrale hydroélectrique de La Dernier, à Vallorbe, la centrale des Clées sur le cours de l’Orbe et la centrale de biomasse Energibois à Rueyres. Cette dernière est réservée aux plus de 16 ans.
Les inscriptions se font via le site internet romande.energie.ch, onglet visites-des-sites-de-production.

