Les commerçants et artisans du Balcon ont connu des fortunes diverses l’année dernière. Le secteur du bâtiment s’est globalement bien porté. L’horlogerie et la microtechnique affichent des résultats contrastés. La météo a été favorable pour l’agriculture, tandis que certains acteurs du commerce de détail et de la restauration ont vu leur chiffre d’affaires se contracter. Tour d’horizon non exhaustif.
« Le secteur du bâtiment n’a pas connu, en 2025, de problème de volume de travail », souligne d’emblée Joakim Junod, patron de l’entreprise Junod Peinture qu’il a créée en 2019 et président de la Société industrielle et commerciale Sainte-Croix et environs (SIC). La fin prochaine de la prise en compte des travaux de rénovation au niveau fiscal liée à la suppression de la valeur locative votée l’année dernière par les citoyen.ne.s suisses encourage les propriétaires à hâter la réalisation de travaux projetés. « Dans la construction, nous serons au taquet les deux prochaines années », augure Joakim Junod.
Si les volumes de commandes sont présents, les entreprises du bâtiment ont subi, depuis le COVID, des hausses de prix parfois conséquentes des matériaux et fournitures, qu’elles n’ont pas pu répercuter totalement. « Le prix est trop élevé pour la clientèle, mais plus assez pour couvrir les charges », constate le président de la SIC.
Joakim Junod souligne un aspect positif, les synergies entre les entreprises fonctionnent très bien, à l’image des travaux de rénovation en cours à la maison de paroisse de L’Auberson. Les véhicules stationnés aux abords du chantier portent tous des logos de sociétés de la région. La relève paraît aussi assurée. « Nous avons beaucoup de demandes de gens motivés pour des stages ou des apprentissages », note Joakim Junod.
Nouvel atelier De Bethune
« 2025 a été marquée par une baisse de la demande, ressentie notamment dans l’industrie des machines, la microtechnique et l’horlogerie qui sont les principaux secteurs de la région », analyse Hélène Mazerolle, directrice du Technopôle. Mais là aussi le bilan est contrasté. « En 2025, de Bethune a réalisé un meilleur exercice qu’en 2024, il n’y avait plus une montre en stock à la fin de l’année », confie Denis Flageollet, à la tête de la manufacture horlogère sainte-crix. L’aménagement d’un atelier de chronométrie pour laminer les ressorts spiraux permet désormais à la marque de se passer de sous-traitance dans ce domaine et d’améliorer toujours plus la précision de ses garde-temps. Le secteur des pendulettes, cher à Denis Flageollet, s’est développé.
Le bilan de l’activité des boîtes à musique est plus nuancé. « Reuge s’est un peu reposé sur ses lauriers et n’a pas suivi la demande de qualité de la nouvelle clientèle du luxe. La société n’est pas encore capable de fonctionner seule. Nous devons lui apporter des finances pour augmenter la gamme et la qualité des futurs produits », évoque Denis Flageollet. Tous secteurs confondus, la manufacture emploie 110 personnes.
De son côté, Baud Industrie SA, positionné sur un créneau porteur du décolletage et usinage, annonce s’être renforcé l’an dernier. « L’équipe a progressé de 30 à 42 personnes, et nous continuons d’embaucher », précise Patrice Bobillier-Chaumon, directeur du développement.
Le ton est plus grave chez Léon Jaccard, spécialiste du décolletage et de l’emboutissage, à L’Auberson. « Nous sommes à l’équilibre, mais nous n’arrivons pas à investir », précise Sébastien Vouillot, directeur. Grâce aux RHT (réduction de l’horaire de travail, une mesure de soutien de la Confédération), les dix postes de travail sont maintenus. L’an 2026 s’annonce « nébuleux », selon le patron.
Technopôle complet
Le Technopôle de Sainte-Croix « est complet à ce jour, et il devient difficile d’accueillir de nouvelles sociétés » relève Hélène Mazerolle. La société CAP14, installée depuis bientôt 3 ans, se porte bien et sa croissante est très rapide. Elle emploie à ce jour six personnes. AddiPole, le centre de compétences en fabrication additive installé au Technopôle, a lancé un grand nombre de projets de recherche qui démarreront dès début 2026. « L’innovation est importante, mais elle prend du temps et des ressources ». Hélène Mazerolle relève aussi l’avantage, dans le canton de Vaud, de pouvoir bénéficier d’aides dans ce domaine : https://www.vd.ch/economie/soutien-aux-entreprises/aides-financieres. Elle estime aussi « que l’une des clés pour s’adapter est de se diversifier. Les sous-traitants horlogers sont capables de produire des pièces pour les dispositifs médicaux. Nous devons les aider à pénétrer ce marché », cite-t-elle en exemple. La société IKRtech, au Technopole depuis 2011, fabrique des moteurs électriques sur-mesure et depuis quelques années, pour le spatial. Ses principaux marchés sont l’automation et les machines pour les semi-conducteurs.
Les nouveaux-venus cartonnent
Dans la restauration, quelques signaux confirment les indicateurs conjoncturels du CREA (Institut d’économie appliquée de l’Université de Lausanne) qui révèlent que la consommation privée s’est rétractée durant l’année écoulée. Les clients fidèles sont toujours là, mais ils espacent leur venue, d’autres sont plus attentifs à leur commande. « Les restaurants du centre-ville vivent une réalité différente de ceux qui attirent également une clientèle touristique », relève Vincent Demiéville, responsable de l’Office du Tourisme Sainte-Croix/Les Rasses. Réouvert par la famille Wyssbrod début juillet, le Restaurant de la Gittaz marche très bien : « Nous avons une belle clientèle locale, mais également du Val de Travers ou encore de la Broye, d’où nous venons », confie Isabelle Wyssbrod, la patronne.
Chercher le soleil
Le restaurant des Cluds reste très prisé, le gîte du Mont-des-Cerfs a connu une excellente saison de chasse. Le Mont-de-Baulmes demeure aussi une valeur sûre, même si la fréquentation, très tributaire de la météo, a été en dents de scie cette année, analyse Vincent Demiéville. En fin d’année, si la neige a boudé le Balcon, les gens de la plaine sont montés chercher le soleil, et cela a fait des heureux, dont les tenanciers hivernaux de la Casba ou le traiteur Le Cageot. La fermeture du Chasseron, à fin septembre, est déplorée. « Il a un énorme potentiel, espérons qu’il rouvrira en été 2026 », note le responsable de l’OT.
Une certaine morosité
Le commerce de détail paraît généralement affecté par une baisse du pouvoir d’achat de la population. Le magasin Denner a déménagé en mai de la rue Centrale à la Rue de l’Industrie, suivi quelques mois plus tard par la pharmacie. Les horaires du discounter, qui propose également des produits locaux, ont été étendus, le commerce est désormais ouvert non-stop de 8 heures à 19 heures en semaine et jusqu’à 18 heures le samedi. Cette extension étant corrélée avec une hausse de loyer et une légère diminution du volume d’achat de la clientèle – hormis la période où la Migros était fermée pour travaux de rénovation – le patron, Olivier Bahon, ne peut que faire état « d’une certaine morosité ».
À la Rose des Vents, Cindy Joliat se montre positive, mais le départ de sa fidèle collaboratrice, emportée par une maladie foudroyante, a laissé un vide. Elle était la confidente des client.e.s et de tels liens prennent du temps à se recréer. Sous sa forme actuelle, l’épicerie n’a que deux ans, et devrait encore progresser.
À Bullet, le magasin de sport chez Bertschinger cherche un successeur, précise Esther Rochaix, sa responsable, qui envisage de quitter les Cluds. Elle rappelle que l’activité de location de matériel de sport d’hiver est très tributaire de l’or blanc, et que ces dernières saisons, la courte période d’enneigement n’a pas facilité les choses.
La famille en renfort
À L’Auberson, la boulangerie tea-room Chez Bigou a connu un engouement spectaculaire à son ouverture. Toute la famille a été mobilisée par Abigaël Barraud pour donner un gros coup de main le temps que le commerce trouve sa vitesse de croisière. Actuellement, l’établissement emploie déjà six personnes fixes, pour cinq équivalents plein-temps. Les proches sont toujours prêts à venir en renfort. De manière générale, les petites structures familiales, de par leur souplesse, semblent bien armées.
Météo favorable
La météo a été en revanche « favorable à l’agriculture en 2025, nous avons pu récolter de bons fourrages, ce qui a permis une bonne production laitière », témoigne Anita Matthey, à la tête d’une exploitation agricole avec son mari Sven, à Mauborget. Même ressenti pour Florence Tagini, qui exploite un domaine à Bullet avec son mari Raphaël. Florence Tagini évoque un bilan positif, après des années difficiles, dues à la sécheresse en 2022 notamment, et à un excès de pluie en 2024, qui ont impacté négativement la production herbagère. Au niveau du prix du lait, Anita Matthey note que les primes à la qualité améliorent la rétribution, mais que, globalement, le prix payé devrait être plus élevé. De manière générale, Florence Tagini constate en substance que la rémunération pour les produits agricoles ne suit pas la même courbe de croissance que les prix des intrants (apports) qu’il faut acheter.
Au niveau culturel, le MuMAPS a vécu en 2025 sa première année complète d’exploitation. « Nous avons enregistré 12’000 visiteurs », se réjouit Diane Esselborn, sa directrice. Dans le détail, elle relève un pic de réservations de groupes en juin et septembre, et une belle fréquentation en juillet, à la faveur d’une météo plutôt maussade. À la période de Noël, où le temps était beau, mais froid et sans neige, les visiteurs ont afflué. Pendant les périodes de vacances scolaires, le MuMAPS attire de façon plus marquée une clientèle nationale et internationale, précise la directrice.
C. Dubois

