Après vingt-trois ans passés à la tête de l’école de cirque locale qu'ils ont fondée, Dominique et Yves Bugnon passeront progressivement le flambeau à un nouveau directeur cette année. Retour sur la naissance de LeZartiCirque, institution désormais connue à l’international.
Si l’histoire de LeZartiCirque était un conte de fée, il commencerait par « Il était une fois un couple qui aimait les projets un peu fous… ». Dominique et Yves Bugon sont enseignants et tous deux des « pièces rapportées » à Sainte-Croix. Dominique grandit à Yverdon et s’établit dans la région à la fin des années 70 pour exercer comme maîtresse de classe enfantine. Quant à Yves, professeur d’éducation physique, c’est pour suivre Dominique qu’il quitte Grandson.
Pédagogues passionnés, tous deux partagent le même intérêt pour le mouvement et le développement corporel et intellectuel de l’individu. Ils aiment l’art sous toutes ses formes, danse, théâtre, cirque, vont souvent voir des spectacles et suivent des stages de clown, notamment avec la compagnie Dimitri, lorsqu’elle est de passage dans la région.
Mais ce sont surtout leurs enfants, Clément et Constance, qui seront le véritable moteur d’un projet un peu fou : créer une école de cirque. La légende familiale veut que leur fille de 8 ans était devenue trop grande pour le trapèze qui était installé dans le salon. Mais c’est peut-être une raison plus terre à terre qui a inspiré la création de LeZartiCirque.
« Notre fils suivait des cours de cirque à Lausanne. Puis, quand notre fille a demandé à en faire aussi, nous n’avions plus envie de faire les trajets, alors on s’est dit « Pourquoi ne pas créer notre propre école à Sainte-Croix ? » », racontent presque d’une seule voix les Bugnon.
En 2003, LeZartiCirque – nom trouvé lors d’un apéritif dans le jardin, alors qu’un lézard passait sur un mur à proximité – ouvre ses portes. Les premières années, les cours se déroulent dans la salle de gym du collège de la Poste et la quinzaine d’élèves sont, pour beaucoup, des amis de l’entourage de Constance.
« C’était stimulant et intéressant, on rencontrait pleins de nouvelles personnes, et très vite on a eu l’envie de faire des spectacles », raconte Dominique.
D’une petite école à une institution régionale
Élèves et directeurs découvrent pour ainsi dire ensemble ce qui fait une école de cirque. Yves et Dominique se forment, eux aussi, et acquièrent des compétences pour pouvoir coacher des élèves de tous âges. Ils engagent des professeurs avec des compétences techniques plus poussées. « On n’a pas tenu l’école tout seul, ça s’est rapidement développé », décrit Dominique.
Mais monter une école, c’est aussi de nombreuses soirées passées à constituer des dossiers pour la recherche de fonds – « parfois pour peu de résultats », confie Yves – et de gros investissements pour réaliser des travaux à la Maison du Cirque, qui ouvre finalement ses portes en 2006. « Cela a pris un an pour aménager cet endroit. C’était un entrepôt, il n’y avait pas d’électricité, pas d’eau, il fallait quasiment tout refaire », se souvient Yves.
Mais dès lors, l’école ne fera que grandir. Principalement axée sur le trapèze, acrobaties et le jonglage à ses débuts, LeZartiCirque s’enrichit peu à peu de nouvelles disciplines, cours de clown, de théâtre, de danse.
En quelques années, l'école passe d’une vingtaine d’élèves à près de huitante. Si beaucoup viennent du Balcon du Jura, d’autres n’hésitent pas à faire le trajet depuis Fleurier, le Val-de-Travers, Baulmes, et même les Fourgs. Le couple s’attendait-il à ce que l’école connaisse un tel succès ? « On n’a jamais réfléchi à l’avenir. On a toujours fait en fonction de ce qui se présentait », répond Yves avec simplicité.
Une place pour chacun
Au fil des années, les élèves grandissent et leur passion égale, voire finit par dépasser celle des Bugnon. « Ils faisaient des choses incroyables et certains ont commencé à imaginer faire du cirque leur métier. Alors on a essayé de les accompagner le mieux possible », explique Dominique. Les élèves, partis se former professionnellement, conseillent les Bugnon sur les enseignements à mettre en place pour constituer une filière préparatoire aux concours d'entrée des écoles professionnelles internationales.
Mais malgré le développement de l’école et la création d’une formation préprofessionnelle, les Bugnon expliquent avoir eu à cœur que LeZartiCirque reste un lieu pour tous. « Quel que soit le niveau, tous les élèves ont accès au trempoline ou à la fosse, et les spectacles rendent compte de cette diversité de niveaux, en mettant en scène les triples saltos jusqu’à la petite roulade », indique Yves.
Ce qui fait la « patte » de l’école de cirque de Sainte-Croix, c’est une passion pour les projets collectifs, mêlant toutes les générations. « Notre identité, c’est de faire des projets ensemble, avec humour, poésie et décalage. C’est un peu lié à notre personnalité sans doute, on aime les projets un peu fous ».
Pour les deux directeurs, les vingt-trois années de LeZartiCirque se sont déroulées sans accros, sauf peut-être lorsque le Covid a obligé l’école à fermer ses portes pendant deux mois. « Quand on a pu rouvrir, les jeunes qui avaient plus de 16 ans ne pouvaient pas reprendre. C’était dur, car c’était eux qui avaient le plus besoin d’être en groupe, mais on était obligés de respecter les règles », regrette Dominique.
S’occuper de son jardin
À quelques mois de passer la main, les Bugnon retiennent de cette aventure les nombreux spectacles et projets hors chapiteaux, les festivals et les amitiés tissées, qui ont enrichi leur vie. Mais aussi les rencontres, tant avec les parents que les enfants, les adolescents, le public, les bénévoles et les organisateurs.
À près de 68 ans, Dominique et Yves expliquent être toujours aussi passionnés par le cirque et la création. Eux qui ont continué à exercer leur métier d’enseignant en parallèle, par passion mais aussi pour être en mesure de développer LeZarti comme ils le souhaitaient, sont depuis quelques années à la retraite. « Il était temps de penser à la transmission. On ne voulait pas qu’elle se fasse par défaut. Il faut que l’école continue à donner envie pour pouvoir perdurer », analyse Dominique.
Dès le 1er septembre, un nouveau directeur commencera progressivement à reprendre en main LeZartiCirque. Mais Domique et Yves ne seront pas loin, accompagnant la transition en douceur durant une année. Et ensuite ? « Peut-être un petit voyage, pas trop loin. Et surtout s’occuper de notre jardin, pour le rendre beau », avance Yves. « Prendre du temps pour nous et accueillir ce qui vient », conclut Dominique avec le sourire.
Valentin Pythoud reprend la direction du Zarti
Depuis le 1er septembre, Valentin Pythoud a intégré la grande famille du Zarti en reprenant officiellement sa direction.
Le circassien est lui-même un enfant de la balle. Ses parents sont les fondateurs de l'école L'Elastique Citrique à Nyon. « Comme Yves, mon père était aussi prof de sport, et a commencé en faisantfaire du cirque à ses élèves », raconte-t-il.
Formé comme décorateur d'intérieur dans le magasin Globus à Lausanne, il a ensuite suivi l'École Supérieure des Arts du Cirque à Bruxelles où il s'est spécialisé comme porteur. Après une quinzaine d'années passées dans la capitale belge, où il a mené de nombreux projets artistiques, il a repris l'école de cirque de ses parents qu'il a co-dirigée avec sa soeur pendant trois ans et demi.
Lorsqu'il a appris qu'Yves et Dominique Bugnon cherchaient à passer le flambeau, il n'a pas hésité à envoyer une candidature spontanée. Sa motivation : la qualité de l'enseignement de LeZartiCirque, le soin apporté à l'individu et la renommée mondiale de l'école, notamment.
« Il n'y a pas beaucoup de Suisses qui font du cirque à l'international, mais ceux que l'on rencontre viennent souvent de LeZartiCirque », explique-t-il.
De leur côté, Dominique et Yves Bugnon se disent très heureux de cette candidature spontanée sur laquelle leur choix s'est tout de suite arrêté.
« Ses valeurs sont proches des nôtres : l'intérêt pédagogique, l'envie de faire des spectacles, la tolérance et l'envie d'appartenir à une région », décrivent-ils.
Engagé comme salarié à 80%, Valentin Pythoud pourra compter sur Yves et Dominique Bugnon cette année pour une passation en douceur. Yves Bugnon restera notamment président de l'association.
Si cette première année en tant que directeur est déjà balisée de projets et spectacles, comme le fameux Cabaret de nouvel an, Valentin Pythoud se réjouit de pouvoir contribuer à développer l'école, tout en conservant ce qui a fait son esprit durant ces vingt-trois années.

