Le poste de douane de la Grand’Borne, entre L’Auberson et Les Fourgs, s’est transformé le week-end dernier en haut lieu de convivialité et de traditions. Plus de 70 exposants ont animé la 21ème édition du Festival des Terroirs sans Frontière (FTSF), rendez-vous incontournable qui met en lumière les richesses de l’Arc jurassien franco-suisse.
Cette édition avait pour thème l’absinthe, breuvage mythique à l’histoire tumultueuse, mais indissociable de la région. Douze distillateurs Suisses et Français étaient présents pour partager leur savoir-faire.
Au centre du site, les regards se sont tournés vers une curiosité spectaculaire : la plus grande fontaine à absinthe du monde. D’une capacité de 1000 litres, elle permettait à 18 personnes de troubler leur verre simultanément à l’aide de fins filets d’eau. « Il faut même une échelle pour la remplir », a expliqué Raphaël Gasser, directeur de la Maison de l’Absinthe, amusé de voir cette installation devenir un véritable symbole de convivialité.
Sous la grande tente, l’air embaumait de ce parfum à la fois doux, végétal et envoûtant qui fait la renommée de l’absinthe. Plusieurs variétés étaient proposées à la dégustation : recettes herbacées du Val-de-Travers, absinthes florales de Pontarlier ou encore éditions limitées de distillateurs de l’Arc jurassien. Parmi elles, la « Thuyonette » de Nathalie Ryser Streuli (Derrière les Fagots), absinthe médaillée d’or et emblématique de Sainte-Croix, a retenu l’attention. La distillatrice a également séduit les gourmands avec ses boules de chocolat à la crème d’absinthe, alliance aussi gourmande qu’addictive.
La partie officielle
L’inauguration de samedi matin a rassemblé un parterre impressionnant de personnalités.
Le conseiller fédéral Albert Rösti, chef du Département fédéral de l’environnement, des transports, de l’énergie et de la communication (DETEC), a rappelé l’importance de l’agriculture et des métiers du terroir pour la Suisse. Il a insisté sur la nécessité de trouver un équilibre entre la production et la protection de l’environnement : « Nous trouverons toujours le chemin entre la production et la protection », a-t-il affirmé. Il a salué la dynamique du festival, « un événement unique qui symbolise le lien entre la Suisse et la France », et rendu hommage à l’absinthe, « emblématique du terroir et bien connue aussi en Suisse alémanique». Avec humour, il a remercié pour la bouteille d’absinthe qui lui a été offerte, promettant de la déguster « avec sa femme, les prochains jours ».
Le syndic de Sainte-Croix, Yvan Pahud, co-président du festival, a rappelé que ce rendez-vous était avant tout « l’expression de notre histoire commune, de notre terroir partagé et du savoir-faire exceptionnel de nos artisans locaux ». Il a tenu à remercier chaleureusement les bénévoles et les équipes communales : « Sans eux, rien ne serait possible. »
Le sénateur neuchâtelois Baptiste Hurni, président de la Maison de l’Absinthe, a offert une envolée lyrique, citant Musset et évoquant les liens profonds de la « Fée verte» avec les arts, la littérature et l’histoire des deux côtés de la frontière. Il a souligné que, si l’absinthe est née en Suisse, c’est en France qu’elle s’est industrialisée et popularisée, symbole d’un patrimoine véritablement transfrontalier.
Enfin, le maire des Fourgs a insisté sur la complicité entre les deux communes : « De part et d’autre de la frontière, nous savons parler de nos différences avec humour et nous réjouir de nos ressemblances. » Il a également évoqué les défis à venir en matière d’infrastructures et de coopération, citant le Plan Territorial Intégré de Coopération (PTIC), tout en rappelant que Sainte-Croix et Les Fourgs savent autant travailler ensemble… que faire la fête ensemble.
Après les discours, les invités et le public se sont retrouvés au bar à absinthe, tenu avec jovialité par les membres des Amis du Musée de Pontarlier. Habitués de l’exercice lors des Absinthiades, ils ont accueilli chacun avec le sourire et la traditionnelle question : « Verte ou Blanche?». Les officiels se sont ensuite dirigés vers la fontaine géante pour y ajouter de l’eau, lançant les festivités dans la bonne humeur.
Ambiance et découvertes
Malgré un début de météo capricieuse, le festival s’est déroulé dans une atmosphère radieuse. Fort de 7000 visiteurs sur le week-end, la fréquentation a dépassé celle de la dernière édition, organisée il y a deux ans. Le public, composé de familles, d’habitués et de touristes, a profité d’une offre riche et variée.
Dès qu’on sortait de la grande tente, une odeur irrésistible de rösti flottait dans l’air. Au cœur du festival, Le Cageot a régalé la foule. Installé à l’extérieur avec sa roulotte et ses immenses poêles à rösti, il a servi sans relâche son plat signature : une tomme fondante sur lit de röstis. Plein de charme, son stand incarnait à lui seul l’esprit du festival, fait de convivialité et de produits du terroir.
En se promenant plus loin, les visiteurs pouvaient découvrir une yourte consacrée à l’histoire des Bourbakis, ces soldats français qui ont trouvé refuge en Suisse en 1871, épisode marquant de l’histoire franco-hélvétique. Plus surprenant, un four tandoori laissait cuire de généreux naans au fromage, apportant une note inattendue aux saveurs du terroir.
Autour du festival, les échoppes d’artisanat proposaient poterie, art textile ou cuir, tandis que les produits du terroir — saucissons et fromages en tête — trouvaient toujours preneur.Côté musique, le duo Draak, formé par Yveline Schwab (violon) et Anne-Sylvie Casagrande (chant et instruments) a accompagné le festival tout au long du week-end. Installées près de la fontaine à absinthe, elles ont entonné des chansons empreintes de controverses, d’abus et d’interdits, rappelant l’essence même de la Fée verte : celle d’un breuvage à la fois célébré et banni, miroir des excès et de la créativité d’une époque. Ce répertoire a donné un avant-goût du projet « Le Jupon de l’Absinthe », qui sera dévoilé le 28 septembre au MuMAPS et offrira au public l’occasion de se replonger dans l’univers de la Fée verte.
Une vitrine de l’Arc jurassien
Le Comité d’organisation dresse un premier bilan très positif: une fréquentation solide, avec un dimanche particulièrement animé, des exposants dans l’ensemble très satisfaits et un déroulement sans accroc. La nouvelle formule de restauration, confiée directement aux exposants, a aussi convaincu. Elle a permis d’offrir davantage de diversité aux visiteurs, de mieux valoriser les produits locaux et de réduire la charge des bénévoles. Un modèle appelé à être reconduit lors des prochaines éditions. Le festival, soutenu par les communes de Sainte-Croix et des Fourgs, par les offices du tourisme du Haut-Doubs et de Sainte-Croix ainsi que l’association Pays de l’Absinthe, a une nouvelle fois prouvé qu’il était plus qu’un marché artisanal : une vitrine culturelle et humaine de tout l’Arc jurassien.
C. Alkabès

