Après avoir joué et entraîné sur les terrains du canton, Adnan Alicajic a rejoint le staff de l’équipe nationale suisse en tant qu'analyste lors de la dernière Coupe du monde. Un rêve pour cet enseignant qui aspirait à devenir footballeur professionnel.
« Le foot, c'est ça qui me fait vibrer », déclare simplement Adnan Alicajic. Mais derrière la passion, il y a avant tout un homme de 33 ans qui a la tête bien ancrée sur les épaules. Une qualité qui a sans doute joué en sa faveur pour rejoindre la formation de Murat Yakin en tant qu'analyste lors des derniers championnats du monde.
Après avoir été junior du FC Sainte-Croix/La Sagne, il évolue au sein du Team Vaud et du FC Bavois. « Jusqu'à 18 ans, je rêvais d'être footballeur professionnel. Finalement, j'ai réalisé mon deuxième rêve : devenir professeur d'éducation physique », explique-t-il. Après des études universitaires en sport et en allemand, il enseigne ces branches pendant quatre ans au collège de Sainte-Croix. Mais le football ne quitte jamais vraiment sa vie. Joueur puis coach au niveau régional, il évolue au plus près du football d'élite, notamment en tant qu'entraîneur assistant de la Team Nord vaudois et Broye pour des joueurs prometteurs de moins de 15 ans.
En 2024, il décide de suivre l'unique formation certifiante d'analyste délivrée par l'Association Suisse de Football (ASF). Parmi les nonante personnes ayant candidaté à la formation, il fait partie de la vingtaine d'entre ceux qui sont finalement retenus. « J'étais le seul Romand. Le fait de bien maîtriser l'allemand a été décisif car les cours étaient donnés dans cette langue ».
La formation est courte au regard de celles dispensées dans d'autres pays. Mais elle permet d'apprendre les bases. Le vrai apprentissage, lui, aura lieu sur le terrain.
Un bon relationnel
Pour Adnan Alicajic qui gagne bien sa vie en tant qu'enseignant, pas simple de faire le saut vers l'inconnu. « Je me suis donné deux ans pour y arriver ».
C'est lors de sa formation, et lorsqu'il travaille pour l'équipe féminine des moins de 19 ans, qu'il parvient à se faire connaître dans ce milieu ultra-compétitif.
« Quand on passe 24h/24 sur le terrain ensemble, la personnalité et la bonne entente sont cruciales. C'est aussi là qu'on voit comment est géré le stress ».
Et c'est peut-être là que le rêve commence vraiment. Après avoir été recruté comme analyste pour l'équipe nationale de l'Euro féminin, ce sont les portes pour intégrer le trio d'analystes de la Nati qui s'ouvrent à lui. Il y rejoint Kevin Ehmes, analyste en chef, ainsi que Julien Lauer.
La charge de travail est massive et commence déjà bien en amont de la compétition. « On filme les entraînements par drone pour avoir une meilleure vision des espaces, on étudie le jeu de l'adversaire, pour comprendre comment il attaque, défend, se comporte pendant les transitions. Et puis, durant les matchs, on prépare les images saillantes qui serviront à apporter solutions et conseils aux joueurs durant la mi-temps ».
Si le rôle des analystes est important, Adnan Alicajic tient à relativiser leur importance. « Au final, l'issue des matchs dépend des joueurs. Ce sont eux qui ont la balle dans les pieds, et ils ont l'expérience ».
Un rêve éveillé
Avoir pu exercer son nouveau métier lors du Mondial est encore difficile à croire pour celui qui fut un jour un junior du FC Sainte-Croix/La Sagne. « Jamais je n’aurais pensé en arriver là. J’ai passé cinquante et un jours avec un groupe qui figurait parmi les meilleurs de ce Mondial, j’ai vécu un rêve éveillé ».
Le deuxième match disputé par la Suisse face à la Bosnie reste un moment fort pour Adnan Alicajic
« Avec mes parents, nous sommes arrivés à Sainte-Croix lorsque j'avais 9 ans, en tant que réfugiés. Entendre entonner dans les tribunes un chant bosniaque parlant de la diaspora m'a fait monter les larmes aux yeux. C'était un moment très émouvant. Mais dès que le match a commencé, c'était clair que je voulais voir la Suisse gagner ».
Et puis, il y a la rencontre avec les joueurs de la Nati. Le travail acharné dont les footballeurs font preuve à l’entraînement, à l’image de Granit Xhaka, a émerveillé l'analyste.
« De manière générale, je trouve que l'attitude des joueurs suisses était top. Ce sont des modèles pour les jeunes générations ».
Retour sur terre
Mandataire, Adnan Alicajic ne bénéficie pas de contrat fixe dans son emploi d'analyste. S'il est déjà engagé pour participer aux prochains camps d'entraînement de la Nati en octobre et en novembre prochains, il ne sait pas de quoi demain sera fait.
« C'est les limites de ce que je suis en train de vivre. C'est ma passion, mais je ne sais pas encore combien de temps je pourrais en vivre, car l'activité est difficilement compatible, avec le métier d'enseignant. Mais même si cela ne marche pas, je suis en paix avec moi-même. Je m'investis à fond et j'aurais eu la chance de vivre quelque chose d'exceptionnel », conclut-il.
Michel Cuendet / Maureen Miles
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