Selon de fortes présomptions de la police et de la justice, le septuagénaire qui n’avait plus donné de nouvelles depuis vendredi dernier a été victime de mort violente. Passionné de politique, hyperactif, il savait aussi se montrer attentif à sa famille, aujourd’hui sous le choc.
« Je n’ai pas dormi depuis cinq jours », confie Sylvie Jaccard, nièce de Paul-André Simon, né en 1950, que tout le monde à Sainte-Croix appelle Paulet. Alertée vendredi soir dernier par l’amie de cœur du septuagénaire qui n’arrivait pas à le contacter, Sylvie s’est rendue à l’ancien collège du Château de Sainte-Croix, où son oncle a passé une grande partie de sa vie. La police a rapidement été alertée et a mis un dispositif en place. Mercredi, le périmètre était toujours bouclé et des gendarmes étaient postés dans le secteur.
L’indicible s’était produit. Le communiqué de police publié mercredi confirme les informations selon lesquelles le corps d’un homme mutilé a été découvert en bordure de Saône sur la commune de Fédry (France). Bien qu’à ce stade les mesures d’identification formelles soient toujours en cours, les premiers éléments de l’enquête menée sur place par le groupement de Gendarmerie de la Haute-Saône et la section de recherches de Besançon laissent à penser qu’il pourrait s’agir de la personne disparue à Sainte-Croix.
Deux incendies
Dimanche, une habitante du hameau du Château de Sainte-Croix a été placée en détention provisoire après son arrestation au poste frontière de L’Auberson. Elle a été auditionnée par le Ministère public et placée en détention provisoire. Française âgée de 39 ans, locataire de Paul-André Simon depuis deux ans, elle est suspectée d’avoir incendié son logement et d’être impliquée dans la disparition de son logeur, poursuit le communiqué. Elle est cependant toujours au bénéfice de la présomption d’innocence. Fait troublant, le 22 octobre, une ferme appartenant à Paul-André Simon a été la proie des flammes. Une enquête est en cours pour déterminer les causes du sinistre.
Largement relayée par les réseaux sociaux qui échafaudent divers scénarios, dont l’éventualité que le crime ait été commis dans l’appartement de la suspecte, la disparition du septuagénaire a vu affluer de nombreux représentants des médias à Sainte-Croix, qui tous cherchaient à en savoir plus.
Selon 24 Heures de jeudi, un couteau à pointe cassée retrouvé lors de la fouille de la voiture de la suspecte pourrait correspondre à une pièce trouvée dans le corps de la victime.
Du caractère
« Mon oncle pouvait être adorable, il avait le souci des autres », témoigne Sylvie Jaccard. Il était parrain de Flavien, s’intéressait à lui, comme aux autres membres de la famille et passait les Noël avec eux. Le couple a vécu une dizaine d’années chez Paulet Simon, et ce dernier venait encore souvent à la boulangerie familiale, pour laquelle il a longtemps fait des livraisons. Homme de caractère, l’oncle aimé pouvait parfois se montrer soupe au lait, mais il était accepté ainsi.
Sylvie Jaccard évoque une facette peu connue de la personnalité de son oncle. Assesseur à la justice de paix, il se montrait sensible et empathique à la cause des personnes en difficulté, se souvient-elle.
« C’était aussi un homme de tradition », confie Reynald Jaccard. Il n’aurait jamais manqué la diane du 1er août, jouée par l’Union Instrumentale. Malgré l’heure matinale, il attendait toujours les musiciens avec une ou deux bouteilles.
Mécanicien de précision formé à l’École technique, puis technicien, il avait travaillé à Soleure et à Thoune, retrace la nièce de Paul-André Simon. Il avait ensuite créé sa société Technisim, active dans la distribution de produits de haute technologie. Le Sainte-Crix avait plusieurs passions, qui l’occupaient toujours à 75 ans. La politique tout d’abord. Radical, puis PLR, il a été conseiller communal de 1982 à 2016, puis de 2018 à 2021, il a présidé l’organe délibérant en 2003. Siégeant sur les mêmes bancs, Jean-Bruno Wettstein se souvient en substance d’un collègue qui intervenait beaucoup, critiquait les préavis et pouvait s’emporter. Jean-Claude Piguet se rappelle également : « Nous étions politiquement dans des camps adverses, mais nous avions du respect mutuel ». Plus encore que la politique communale, le Sainte-Crix suivait les sessions parlementaires à Berne, et participait régulièrement à l’assemblée des délégués PLR, ce qu’il avait encore fait le 18 octobre.
Mécano sur avions
Le septuagénaire a été président et speaker de la MARA, et il était toujours un membre combatif de l’Association pour la sauvegarde des Gittaz et du Mont-des-Cerfs, en anti-éolien convaincu. Il se dévouait aussi à des causes plus plaisantes, notamment au Musée Clin d’Ailes, à Payerne, où il effectuait des tâches de mécanique sur les avions qui y coulent leur retraite. « Il était par exemple spécialiste du mécanisme du siège éjectable », note Reynald Jaccard. Ajoutant : « Mais il n’a jamais voulu monter à bord pour un vol, alors qu’il en aurait eu la possibilité ».
C. Dubois

