Touché de manière moins drastique que les Pôles de santé du Pays-d’Enhaut et de la Vallée de Joux, le RSBJ ne pourrait néanmoins pas maintenir toutes ses activités avec les coupes envisagées. Et des incertitudes planent sur la rénovation prévue du bâtiment hospitalier.
Le Réseau Santé du Balcon du Jura (RSBJ) – comme d’autres acteurs de la santé publique, a reçu récemment une missive signée par Christelle Luisier Brodard, présidente du gouvernement, dont le contenu met sous pression sa direction et son conseil d’administration. Formulée au début des vacances estivales, l’annonce de coupes dans les prestations d’intérêt général (PIG), «va fragiliser l’équilibre budgétaire en cours », informe Alain Périat, Directeur du RSBJ, à l’issue d’une réunion d’urgence avec le conseil d’administration. « Les modèles tarifaires pour les hôpitaux ne sont plus adaptés pour couvrir les charges des établissements. Le fait de diminuer les PIG, qui participent entre autres à assurer une subsidiarité à ce financement défaillant, va les pénaliser encore plus », expose le directeur.
Pour le RSBJ, les 170’000 francs (1,85% de son budget) qui vont manquer menacent directement la formation médicale post-graduée, l’enseignement au lit du malade et l’implémentation du DEP (dossier électronique du patient).
Réponse au défi
Les urgences 24 heures sur 24, sept jours sur sept, sont cependant maintenues. « Elles sont intégrées dans nos missions par la planification hospitalière », souligne Alain Périat, qui constate «de plus en plus de sollicitations de la population pour des urgences, notamment la nuit et le week-end ainsi qu’une activité ambulatoire et stationnaire en constante progression ces dix dernières années ». Le directeur rappelle que cela fait 25 ans que le réseau de soins se construit sur le Balcon du Jura. « Notre projet est efficient ».
Les réactions ne se sont pas fait attendre. Le Parti socialiste local relève tout d’abord l’exemplarité du RSBJ, « qui répond concrètement aux défis du vieillissement de la population et de la montée des maladies chroniques, entre autres ».
De leur côté, les Municipalités du Balcon du Jura se sont entretenues la semaine dernière avec le conseil d’administration et la direction du RSBJ, évoque l’UDC Yvan Pahud, syndic de Sainte-Croix. Il relève tout d’abord que la situation financière du RSBJ est stable et saine.
Bien que préjudiciable, la
diminution des prestations PIG allouées au pôle de santé sainte-crix ne va pas mettre immédiatement son existence en péril.
Cependant, Yvan Pahud voit derrière ces mesures, qui touchent beaucoup plus durement les autres pôles de santé (encadré), un dessein étatique de « fermer les hôpitaux périphériques pour sauver le CHUV ! ».
Irresponsable
Le PS, par la plume d’Isabelle Dessonnaz, estime « irresponsable » de menacer un établissement comme l’hôpital de Sainte-Croix. « C’est aller à contre-sens de ce que réclame la population : un accès équitable à des soins de qualité, partout dans le canton ». Le PS et l’UDC se rejoignent sur la nécessité d’une union sacrée.
« Tous partis confondus, nous devons nous mobiliser pour péréniser l’hôpital de Sainte-Croix », affirme Yvan Pahud.
De son côté, Alain Périat avise que les instances dirigeantes du RSBJ « ne pourront pas à elles seules infléchir cette volonté de l’ État et s’attend à la mobilisation de la
population et des milieux politiques. Dans cette partie de jeu d’échecs qui se joue avec le Département de la santé et des affaires sociales, Yvan Pahud anticipe déjà la position que pourrait prendre le canton dans le dossier de la rénovation du bâtiment hospitalier.
« Le Conseil d’État a demandé que le projet soit revu ». Ne pas pouvoir entreprendre les travaux envisagés mettrait alors en jeu la survie de l’institution médicale à moyen terme.
C. Dubois
Menace sur l’économie d’une région
Le Pôle santé du Pays d’Enhaut risque de perdre 48,6% de son budget de financement. Les économies réclamées à son homologue de la Vallée de Joux représentent 31% du sien. Au total ce sont plus de vingt millions de francs qui seront biffés des PIG allouées aux 12 hôpitaux de la FHV. Alain Périat et le conseil d’administration ont clairement
« l’impression que l’on a oublié le travail remarquable qui a été effectué durant toute l’épidémie COVID par les établissements de la FHV». Ils craignent également « de nombreux effets indirects, qui n’ont pas été pris en compte et qui coûteront plus cher que les économies réalisées à court terme ». Les institutions de santé génèrent une économie locale. Les fragiliser revient à menacer l’économie d’une région.
Les membres de la FHV comptent se fédérer pour obtenir une remise en question des économies envisagées. Le courrier du Conseil d’Etat laisse du reste une porte ouverte en précisant que certaines mesures ne soient pas retenues. Cependant, estime Alain Périat, « nous pouvons craindre que si le contexte économique reste tel qu’il est, il laisse peu de place à la discussion et à la négociation ».

