Les comptages effectués par le canton révèlent qu’un bon millier de véhicules se sont « évaporés » depuis l’introduction de la déviation du trafic de la RC254 par Mauborget. Les pendulaires sont un peu moins nombreux avec les vacances et le train a absorbé une partie des usagers.
En parallèle à la mise en place des déviations successives pour les travaux de réhabilitation de la RC254 au lieudit Le Château de Sainte-Croix, la Direction générale de la mobilité et des routes (DGMR) a réalisé des comptages de véhicules. Lors d’une première étape, menée alors que le trafic était détourné uniquement par Bullet avec un retour sur la RC254 au débouché du Chemin des Chevreuils, le trafic moyen dénombré sur l’axe Sainte-Croix-Vuiteboeuf était de 5800 véhicules par jour, dont 125 poids lourds. La DGMR précise que les vélos sont inclus dans ces chiffres et ne peuvent être
dissociés. Une seconde opération de comptages des véhicules a été menée du 8 au 14 juillet, soit après la mise en œuvre de la grande déviation, via Bullet, Mauborget, Villars-Burquin, Fontaines-sur-Grandson et de cette localité vers
Champagne, Novalles ou Fiez.
«C’est à notre tour »
Depuis le 23 juin, le trafic entre Sainte-Croix et Mauborget a connu un accroissement de 2700 véhicules quotidiens, dont 90 poids lourds supplémentaires, pour un total de 3700 véh/j.
Syndic de Mauborget, Claude Roulet prend acte de cette situation avec philosophie. « Quand nous avons refait notre route, nous étions bien contents que le trafic puisse passer ailleurs.
Maintenant, c’est à notre tour d’avoir davantage de circulation pendant deux mois, mais ce sera fait pour 40 ans !» La Municipalité tsayou n’est pas favorable à une demande collective d’installer une limitation à 30km/h et des chicanes dans le village : «D’une part, cela ne se fait pas en un claquement de doigts. Et d’autre part il faut savoir si on veut gêner le trafic ou le
fluidifier », exprime en substance le syndic qui souligne qu’une très grande majorité des nouveaux usagers respectent les règles.
De son côté, la DGMR souligne avoir mis en place, avec ses
partenaires, diverses mesures sur les itinéraires de déviation : modérateurs latéraux, contrôles de gendarmerie, radars pédagogiques et
répressifs.
Ces derniers ont été installés après l’introduction de la déviation, « les points sensibles n’étant pas identifiables à l’avance, notamment en raison du comportement adaptatif des usagers», justifie la DGMR.
Chemin des écoliers
La longueur de la déviation, de 17 km supplémentaires simple course, incite de nombreux conducteurs à prendre le chemin des écoliers, en passant par le Col de l’Aiguillon, qui a enregistré un surcroît de trafic d’environ un millier de voitures et de dix camions. Au total, ce sont 1450 véhicules qui, entre le 8 et le 14 juillet, ont emprunté quotidiennement cette route étroite qui n’a pas été prévue pour une telle affluence. Ce qui irrite profondément le nouveau syndic de Baulmes, Jacques-Yves Dériaz.
Il informe que la Municipalité vient d’écrire à la DGMR pour clarifier les choses et obtenir un entretien. « Cette route n’est pas sur le domaine public et nous envisageons d’entreprendre des travaux et de la fermer au trafic ». Selon lui, cet afflux endommage la chaussée et péjore la sécurité en traversée du village.
L’addition des 3700 véhicules qui suivent la déviation par Mauborget et des 1000 qui empruntent le Col de l’Aiguillon en sus du trafic habituel n’atteint pas, et de loin des 5800 enregistrés lors du premier comptage. Une partie se retrouve sur l’axe Vallorbe Yverdon.
«Nous avons effectivement constaté une augmentation significative depuis la fermeture de la route de Sainte-Croix, mais elle s’est légèrement atténuée en cette période de vacances », note la Municipalité vallorbière.
Changement modal
« Lorsqu’on modifie l’accessibilité routière, une part significative du trafic peut diminuer sans forcément se reporter ailleurs », analyse Brenda Tuosto, géographe et urbaniste
spécialiste des questions de mobilité, qui constate « un changement de modal de comportement», en s’appuyant sur les chiffres fournis par la compagnie Travys. Soit une hausse de fréquentation de + de 10% sur la ligne Yverdon-Sainte-Croix constatée entre le 23 juin et le 22 juillet. Les montées et descentes à Sainte-Croix ont connu un
surcroît de 13% en période scolaire, et de 24% en période de vacances, soit respectivement +146 et + 176 voyageurs par jour, détaille Marine Kerhoas, directrice de la communication chez Travys. Près de 3000 billets à tarif réduit ont été vendus en quelque semaines via l’application FAIRTIG. En outre, les parkings gratuits mis à disposition pendant la grande déviation (23 juin au 24 août) sont bien utilisés.
« Cela montre qu’une politique tarifaire incitative, couplée à une offre fiable et accessible, peut favoriser un report modal concret et rapide», expose Brenda Tuosto.
Elle relève aussi que « cette situation, bien que temporaire, doit nous inciter à réfléchir à des mesures durables: renforcer l’offre ferroviaire sur l’axe du Jura, rendre les tarifs plus attractifs, et favoriser l’intermodalité », souligne la Conseillère nationale membre de la commission des transports et communications.
C. Dubois
Des villages submergés par le trafic
Plus fréquenté, l’axe Mauborget-Villars-Burquin a connu la plus forte hausse de trafic motorisé, avec 4100 passages par jour, soit un surplus de 3050 véhicules, dont 115 poids lourds supplémentaires. Entre Villars-Burquin et Fontaines-sur-Grandson, la DGMR a décompté 4700 véh/j, soit un surplus d’environ 2700 véh/j, dont 100 poids lourds/j de plus. Entre Fontaines-sur-Grandson et Champagne, le trafic a doublé, passant de 1450 à 3100 véh/j, et 70 camions se sont ajoutés. La hausse est du même ordre entre Fontaines-sur-Grandson et Novalles, avec un bond de 510 à 1100 véh/j (20 camions en sus). Tandis que la liaison vers Fiez au départ de Fontaines-sur-Grandson a enregistré un tiers de voitures en plus (+ 700 à 2100 véh/j.) En pleine période de vacances, le trafic s’est toutefois un peu réduit depuis les comptages. Les villages littéralement envahis aux heures de pointe retrouveront leur trafic habituel dès le 24 août, tandis que Bullet restera traversé par le trafic de la RC254 jusqu’à fin octobre.

