Il pensait repartir comme il était venu, simplement. Mais en septembre 2025, à Courtemelon, c’est bien son nom qui a résonné au sommet du podium. Serge Kaltenrieder, installé à L’Auberson, a remporté le Championnat suisse individuel de barbecue (Single Master). Une consécration inattendue pour cet amateur passionné, qui a su convaincre les juges par sa maîtrise du feu.
Tout commence presque par hasard. À Yverdon, sur le site de Chamard, un stand, un grill, une invitation à s’inscrire. Serge se laisse tenter. Les qualifications ont lieu en juin 2025, toujours à Yverdon. Puis vient la finale, en septembre, dans le cadre du Marché des Terroirs Suisses à Courtemelon. Là, l’ambiance change. « C’est digne de Top Chef », résume-t-il. Soixante participants au départ, répartis en six groupes. En finale, ils ne sont plus que quelques-uns face à un défi de taille : réaliser un plat imposé, avec les mêmes produits, les mêmes assaisonnements et le même matériel. Rien n’est laissé au hasard – ni apport personnel, ni outil fétiche. Chaque geste compte, chaque seconde est précieuse. L’ambiance est tendue. Être cordial, oui, mais face au grill, c’est chacun pour soi.
Dans ce cadre strict, Serge propose un Tomahawk de veau accompagné d’une crevette géante et d’une coquille Saint-Jacques, relevés d’une sauce froide, avec une « flamme » de légumes rouges, orange et jaunes. Le tout en un temps limité : 25 minutes de préparation, 25 minutes de cuisson. « Le plus difficile, c’est que tout arrive chaud en même temps, alors que les cuissons sont différentes », explique-t-il. Face à lui, notamment, des cuisiniers professionnels. Mais Serge reste étonnamment serein. « Je n’étais pas stressé. ». Résultat : un score record, porté par une cuisson saluée à l’unanimité par les trois juges. La dégustation se fait à l’aveugle, sans indication d’auteur, ce qui laisse toute la place au goût, à la justesse des cuissons et à l’équilibre du plat.
Une histoire de feu et d’instinct
Derrière cette victoire, il y a une histoire ancienne. Celle d’un enfant de cinq ans, dans le Jura bernois, qui fait griller des cervelas en forêt avec son grand-père. « J’adorais ça », se souvient-il. Le geste est resté. Aujourd’hui encore, Serge travaille à l’instinct. « Je regarde la couleur de la viande, je sens. C’est une science. » Son secret ? Une rigueur presque invisible. Sortir la viande deux heures à l’avance, ne pas saler au départ pour éviter de perdre les jus, saisir à feu vif, puis baisser. « Si on croûte la viande, le jus reste dedans. » Et surtout, une attention constante à la cuisson, qu’il considère comme l’élément déterminant, bien plus que les sauces ou les artifices.
Charbon, bois ou gaz ? « Les trois », tranche-t-il. Le gaz pour la précision des compétitions, le bois pour le goût. « Tout dépend de ce qu’on veut mettre en avant. » Quant aux erreurs fréquentes, il n’hésite pas : un barbecue pas assez chaud… et des grilles trop nettoyées. Autant de détails qui, cumulés, font toute la différence entre une cuisson ordinaire et un plat maîtrisé.
Son rêve ultime ? Un barbecue de compétition hors norme : triple, combinant bois, charbon, gaz et fumoir, sur près de dix mètres de long. Un projet à son image, profondément ancré dans le plaisir de cuisiner.
Rêves de compétitions internationales
Installé depuis deux ans à L’Auberson avec sa femme, Serge Kaltenrieder cultive une image fidèle à son parcours : ouvert, bon vivant, accessible. Sa victoire a surpris jusque dans les allées du concours. « Une dame m’a demandé où se trouvait mon restaurant », raconte-t-il en souriant.
La suite s’écrit déjà. Un championnat d’Europe, peut-être un jour un championnat du monde, à condition de trouver un sponsor. Des discussions sont également en cours pour accueillir une future édition du concours dans le cadre du Festival des Terroirs sans Frontières, à la Grande Borne, à l’horizon 2027.
En attendant, Serge garde les pieds sur terre et les mains près du feu. Lui qui a déjà cuisiné pour 800 personnes envisage aussi d’initier d’autres passionnés. Une manière de prolonger ce lien simple qui l’unit au barbecue depuis l’enfance. Car au-delà de la compétition, c’est bien le partage et le plaisir de cuisiner qui restent au cœur de sa démarche.
Avis aux amateurs : les prochaines qualifications pour le Championnat suisse auront lieu le 16 mai prochain en Chamard, à Yverdon.

