À jamais la première

Maude Gonthier, future syndique de Bullet et première femme syndique du Balcon du Jura. © C. Carisey

Bullet est la première commune du Balcon du Jura vaudois dont l’Exécutif sera dirigé par une femme. Maude Gonthier a été élue tacitement mardi. Elle succédera à Jean-Franco Paillard au 1er juillet prochain.

« Je suis très content que cela se passe à Bullet qui prouve, s’il en fallait, son esprit d’ouverture. Franchement, cela me fait plaisir qu’une femme prenne cette fonction. J’ai toujours été favorable à un équilibre des forces », réagit le syndic en place. La future Municipalité compte deux représentantes féminines dans ses rangs : Fanny Tinguely et Maude Gonthier. La seconde a décidé de se lancer comme syndique.
Les cinq nouveaux élus se sont réunis le mercredi 31 mars. Hormis les premières discussions au sujet de la répartition des dicastères, la syndicature était le point important à l’ordre du jour. En effet, il fallait déposer au moins un nom au Greffe ce mardi 6 avril à midi. « Les occupations ou situations des autres futurs municipaux correspondaient difficilement à l’emploi du temps imposé par la fonction, alors que pour moi ça colle. Je ne courais pas après cette place mais les planètes s’alignent au bon moment. Nous avons donc décidé d’un commun accord que je me lancerai pour cette législature », sourit celle qui deviendra le 1er juillet prochain la première femme à devenir syndique d’une commune du Balcon du Jura vaudois. « C’est une fierté, c’est vrai. L’égalité de représentation en politique fait partie de mes principes. À Bullet, Fiorina Maggi et Véronique Duvoisin ont ouvert la voie. Je suis contente que l’on m’offre l’opportunité d’en ouvrir une nouvelle avec la syndicature », complète la jeune femme.

Du Plateau des Granges aux flancs du Chasseron
Maude Gonthier n’est âgée que de 26 ans. Elle dégage cependant beaucoup de sérénité et de maturité. « Je ne sais pas, rougit-elle, mais mon parcours de vie ainsi que mon caractère ont fait que j’ai très vite voulu être indépendante. Je pense que l’âge ne fait pas la personne que l’on est. Selon moi c’est plutôt le vécu qui importe. » Ayant grandi à L’Auberson, elle s’est passablement investie dans les sociétés de son village, comme la fanfare, qu’elle préside, et la Jeunesse dont elle est désormais membre passive.
Une « Cul-gelée » syndique de Bullet ? Certains Bullatons doivent se retourner dans leur tombe. « Je n’espère pas », rigole la future syndique. « Je pense que cette rivalité entre villages fait partie du passé. Nous sommes des enfants du Balcon du Jura désormais, même si nous avons chacun nos sensibilités et qu’il faut en tenir compte. Honnêtement, aujourd’hui, le sujet fait plus office de taquineries que de conflits », apprécie celle qui a atterri par amour à Bullet il y a cinq ans. « Et j’y suis aussi par amour de Bullet. C’est vraiment l’endroit où je me suis sentie le mieux jusqu’ici », précise-t-elle.
La situation professionnelle de la future syndique a changé entre les deux tours à l’élection municipale. C’est ce qui lui a permis de soumettre sa candidature mardi. « Je devais réaliser un stage à Genève, mais finalement cela ne s’est pas fait. Le poste était à 80 %. Avec les trajets, cela aurait été difficile de tout concilier », explique la future traductrice. Elle devrait obtenir son Master en traduction et en communication spécialisée multilingue en juin. « J’ai réussi tous les examens. Il ne me reste « que » la rédaction et la soutenance de mon mémoire », ajoute-t-elle.

Du déjà-vu
Il sera temps ensuite d’apprendre les rudiments du métier. « Cela va se mettre gentiment en place dès à présent. Il faudra certainement que je suive une ou des formations. Nous pouvons nous appuyer sur nos compétences propres, le personnel communal en place, sur notre Conseiller financier, et nous tourner aussi vers nos voisins sainte-crix », confie-t-elle. « Nous allons évidemment compter également sur les membres de la Municipalité actuelle et, pour ma part, sur mon prédécesseur », complète-t-elle. « Je la reçois avec plaisir. Je me mettrai volontiers à disposition de cette nouvelle Municipalité si elle en ressent le besoin. Il est clair que l’on peut donner quelques feintes ou tuyaux, ainsi que des contacts dans les services cantonaux ou autres institutions. Mais cela doit s’arrêter là. Il ne faut pas s’ingérer dans leur fonctionnement. C’est une belle équipe, ils sont jeunes. Ils seront encadrés par Serge Gander. Il faut les laisser proposer leurs propres idées, c’est comme cela que la Commune pourra avancer. C’est à eux désormais d’imaginer le futur de Bullet », précise le syndic sortant.
Et le tribun bullaton parle en connaissance de cause. La situation actuelle n’est pas sans rappeler son arrivée à la tête de l’Exécutif bullaton il y a de ça 28 ans : « Nous étions, nous aussi, quatre néophytes. Lucien Lambercier était le seul sortant ». Fiorina Maggi, Bertrand Christen et Stéphane Champod complétaient l’équipe. Ce dernier n’était alors âgé que de 23 ans. « Nous n’avions peur de rien et cette petite forme d’insouciance a certainement, quelque part, contribué à ce qu’on ose se lancer dans des projets d’envergure avec la commune de Sainte-Croix. Nous pouvons citer l’unification du domaine skiable, par exemple », relate-t-il. « Avec le temps, les habitudes s’installent peu à peu. On peut remarquer une certaine forme de confort, voire d’immobilisme. L’expérience acquise avec les années est certes un atout. Ceci dit, elle peut aussi amener, parfois, à ce que l’on manque de cette audace des débuts. C’est le bon moment pour que les choses changent », complète-t-il.
Mener une équipe majoritairement de néophytes n’avait pas freiné Jean-Franco Paillard. Sa successeur ne semble pas avoir de crainte, elle non plus. « C’est clair que l’on a une certaine pression. Mais je suis confiante. Ce n’est pas la ou le syndic qui fait tout. Nous sommes une équipe avec des qualités et compétences complémentaires. Je sais que l’on va s’appuyer les uns sur les autres pour avancer. Il faudra bien communiquer. C’est un point, d’ailleurs, sur lequel Serge Gander a d’ores et déjà insisté », relate-t-elle.
Maude Gonthier se décrit comme une personne à la recherche du consensus. « Je pense que je suis assez ouverte d’esprit, à l’écoute, empathique. Je vais écouter l’avis de chacun, me renseigner avant de me forger ma propre opinion. Je vais défendre l’avis de la majorité, quel que soit mon point de vue. Mais j’ai aussi mes idées et je suis fidèle à mes principes », annonce-t-elle. La future syndique se réjouit d’entrer en fonction. « Nous avons l’opportunité de contribuer à l’avenir de notre Commune et de la région. C’est un beau défi et j’espère que l’on donnera satisfaction à la population qui nous a fait confiance en nous élisant », conclut-elle.

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